Derrière les murs de la prison centrale de Libreville, plus connu sous le nom de « Sans famille », des situations restent souvent méconnues. Des détenus vivent avec le VIH. Confrontés à la stigmatisation, à l’isolement et à des obstacles constants pour accéder aux soins. Un quotidien qui nécessite urgence et attention.
Le VIH/ sida est un tueur silencieux dans bien des cas. Entre absence de traitement et stigmatisation, certaines personnes peinent à se faire traiter. Une situation qui pourrait être encore plus difficile lorsque nous sommes dans les geôles de la prison centrale.
Selon les responsables de SOS Prisonniers Gabon (SPG), le dépistage du VIH en milieu carcéral, lorsqu’il est organisé, repose principalement sur le volontariat des détenus. Il est souvent proposé lors de campagnes de sensibilisation et de dépistage menées par des structures de santé externes, comme les Centres de traitement Ambulatoire (CTA), avec un accent sur la confidentialité des résultats.
À la prison centrale de Libreville, les infrastructures sont mieux adaptées : une infirmerie aux normes, avec trois médecins et plusieurs infirmières, permet aux détenus de se faire dépister sur place. « Le dépistage se fait sur place et il y en a qui vous accompagnent pour la remise des résultats positifs ou négatifs. Si c’est positif, on informe les agents et vous avez accès à votre traitement. Le traitement reste dans le bureau d’un responsable et chaque fois, vous devez demander l’autorisation d’aller le récupérer. », a indiqué Victoire Eyi de SOS Prisonniers.
Cependant, même à LBV, des difficultés restent importantes. Les responsables soulignent que la grande difficulté réside dans l’alimentation des personnes malades. Dans les prisons situées dans l’hinterland, la situation est encore plus complexe. « Il faut aller d’abord à l’hôpital, ce qui nécessite des moyens. Ensuite, ce n’est pas la joie quand vous êtes diagnostiqué positif. Les rumeurs vous précèdent, tout le monde est au courant de votre état. Vous êtes presque isolé et rejeté », a expliqué Victoire Eyi de SOS Prisonniers. Ces conditions rendent le quotidien des personnes séropositives en prison particulièrement lourd, entre peur, solitude et exclusion.
Les responsables de SPG précisent également que les principales difficultés des détenus vivant avec le VIH résident dans l’accès limité et la continuité des soins, y compris le traitement antirétroviral, souvent perturbé par l’insalubrité et la surpopulation carcérale, le manque de personnel soignant et de médicaments, ainsi que le manque de préservatifs et de seringues pour la réduction des risques. À cela s’ajoute la stigmatisation et l’isolement social, qui aggravent la vulnérabilité des détenus.
Une réalité qui met en lumière une fragilité humaine profonde : derrière les barreaux, des vies se jouent entre l’angoisse d’être rejeté, la difficulté à accéder aux soins et la résilience face à la maladie. Les détenus vivant avec le VIH affrontent non seulement les contraintes de l’incarcération, mais aussi la peur, l’isolement et la stigmatisation, rendant leur combat invisible aux yeux du grand public. Leur quotidien rappelle avec force l’urgence de renforcer les dispositifs de santé, de protection et d’accompagnement pour ces vies souvent oubliées, et de porter sur elles une attention empreinte de compassion.

