À quelques jours de la fête de Noël, les marchés gabonais sont sous haute tension. Comme chaque fin d’année, la demande accrue en produits alimentaires et de consommation courante, accentuant la pression sur le budget des ménages dans une période traditionnellement marquée par de fortes dépenses.
Sur les étals de certains marchés de Libreville, les augmentations touchent une large gamme de produits : volailles, viandes, poissons, riz, sucre, et condiments. Certains commerçants évoquent des hausses allant de 10 à 30 %, selon les produits et les circuits d’approvisionnement. « Si tu veux avoir un repas copieux aujourd’hui, il faut avoir une somme conséquente. Le kilo de queue de bœuf, qui se vendait auparavant entre 2 500 et 2 800 francs CFA, est désormais affiché à 3 800, voire 4 000 francs », témoigne Claudine, cliente régulière du marché Nkembo.
Les produits importés sont particulièrement concernés. Le renchérissement des coûts de transport, la dépendance aux importations et les fluctuations logistiques expliquent en partie cette situation. Selon Steven Biyambou, économiste, « tant que le Gabon importera l’essentiel de ses produits alimentaires, on assistera toujours à une flambée des prix, car la demande augmente plus vite que l’offre disponible ». À l’inverse, les produits locaux, bien que parfois plus accessibles, ne suffisent pas toujours à répondre à la demande accrue de fin d’année.
Si les produits alimentaires restent les plus visibles, d’autres biens et services enregistrent aussi des hausses notables. Les vêtements, chaussures, jouets, appareils électroménagers et articles de décoration voient leurs prix grimper à l’approche de Noël. Dans les marchés comme dans certaines boutiques, les consommateurs constatent des augmentations parfois importantes. « Les vêtements et les jouets coûtent plus cher qu’en début d’année. Avec la forte demande, les fournisseurs augmentent les prix », explique Ali, commerçant à la zone industrielle d’Oloumi.
Cette hausse généralisée s’explique en grande partie par la loi de l’offre et de la demande. La concentration des achats et des déplacements sur une courte période crée une tension sur les stocks et les capacités de service. À cela s’ajoutent les coûts d’importation, de transport et parfois des pratiques spéculatives. « Les fêtes de fin d’année agissent comme un accélérateur de tensions déjà présentes sur les prix. Ce qui est supportable en période normale devient plus visible et plus lourd pour les ménages », Stevy Mba Ollo, économiste.
Face à ce phénomène, de nombreuses familles revoient leurs priorités. Les dépenses sont hiérarchisées, certains achats reportés ou annulés. Les cadeaux deviennent plus symboliques, les déplacements plus rares, et les célébrations plus sobres. « On ne peut pas tout faire. On choisit entre manger correctement, offrir un petit cadeau aux enfants ou se déplacer pour voir la famille », confie Marie claire, une compatriote.
La flambée des prix en fin d’année n’est pas un phénomène ponctuel. Elle soulève des interrogations sur la régulation des marchés, la dépendance aux importations, la structure des coûts. Pour les experts, la réponse ne peut être uniquement conjoncturelle, mais doit s’inscrire dans une stratégie durable visant à protéger le pouvoir d’achat des populations tout au long de l’année.

