Sur les réseaux sociaux, certaines phrases reviennent avec une étonnante régularité : « J’ai faim, qui m’invite ? », « Je suis à Owendo, qui m’invite ? » ou encore « Tu n’as pas 2 000 là ? ». Derrière ces publications, souvent formulées sur un ton léger ou humoristique, se dessine pourtant un phénomène de plus en plus visible : celui d’une forme de mendicité numérique devenue presque banale dans certains espaces virtuels.
Ces messages, publiés publiquement et adressés à une communauté d’abonnés ou d’amis, sollicitent généralement une invitation à manger, une sortie ou une petite aide financière. Dans bien des cas, ce sont de jeunes femmes qui utilisent ce type de formules, espérant qu’un internaute réagira en proposant un repas, une sortie ou un transfert d’argent.
Si certains considèrent ces publications comme de simples plaisanteries destinées à susciter des interactions, d’autres y voient l’expression d’un phénomène social plus préoccupant. À force d’être répétées et relayées, ces demandes publiques contribuent à banaliser une forme de dépendance financière affichée, transformant parfois les réseaux sociaux en espace de sollicitation permanente. « Quand je lis des phrases comme ça, ça me fait de la peine parce que ce sont des personnes qui ont des parents mais qui s’affichent sur la toile et parfois ternissent l’image et le nom de la famille », a déclaré KLS, un internaute.
Pour plusieurs observateurs des dynamiques numériques, ce type de pratique s’inscrit dans une évolution des usages des plateformes. Les réseaux sociaux ne servent plus uniquement à partager des moments de vie ou à s’informer ; ils deviennent aussi, pour certains utilisateurs, un moyen de chercher un soutien matériel immédiat auprès de leur entourage numérique.
Toutefois, réduire ce phénomène à un simple opportunisme serait une lecture simpliste. Derrière ces messages peuvent aussi se cacher des réalités sociales plus complexes. Dans un contexte marqué par le chômage, la précarité et les difficultés économiques, certains jeunes utilisent les réseaux sociaux comme un espace d’entraide informel, où l’on espère trouver un soutien rapide face à un besoin ponctuel. « Parfois, les gens le font parce qu’ils sont dans le besoin mais le souci c’est qu’à force de faire ça, ça agace et on n’oublie les personnes vraiment dans le besoin », a indiqué DF.
Mais la visibilité de ces pratiques pose une autre question : celle de l’image collective qu’elles finissent par projeter. À force de voir circuler ces publications, certains internautes en viennent à associer, parfois injustement, l’image de la femme à une posture d’attente ou de dépendance. Une généralisation qui occulte la réalité de nombreuses femmes qui travaillent, entreprennent et construisent leur autonomie au quotidien.
En amplifiant certains comportements, les réseaux sociaux peuvent ainsi contribuer à renforcer des stéréotypes qui ne reflètent pas toujours la réalité. Ce qui n’est, au départ, qu’une pratique minoritaire peut rapidement donner l’impression d’une norme largement répandue. Au-delà du jugement, cette situation invite surtout à une réflexion sur la manière dont chacun utilise l’espace numérique. Car chaque publication, aussi anodine semble-t-elle, participe à construire l’image que l’on renvoie au public.
Au fond, les réseaux sociaux sont un miroir : ils reflètent nos comportements, mais ils façonnent aussi la perception que les autres ont de nous. Dans un monde où tout peut être publié en quelques secondes, la liberté d’expression gagne toujours à s’accompagner d’un minimum de conscience et de dignité.

