Le Gabon affiche une ambition forte : atteindre une croissance économique d’environ 10 % à l’horizon 2030 dans le cadre du Plan national de croissance et de Développement (PNCD) 2026-2030. Cet objectif, présenté par les autorités comme indispensable pour transformer structurellement l’économie nationale, suppose de dépasser les performances actuelles, situées autour de 2 à 3 % de croissance annuelle ces dernières années.
Pour espérer franchir ce cap, le pays devra s’appuyer sur plusieurs filières stratégiques capables de générer de la valeur, des emplois et des exportations. Mines, bois transformé, agriculture, hydrocarbures, mais aussi tourisme et économie verte figurent parmi les secteurs susceptibles de soutenir cette dynamique.
Mais au-delà du manganèse, le pays dispose également d’importants gisements de fer, de niobium ou encore de terres rares, des métaux stratégiques particulièrement recherchés dans l’économie mondiale actuelle. La mise en exploitation de ces ressources, combinée au développement des infrastructures logistiques, pourrait fortement accroître les exportations et attirer de nouveaux investissements.
Pour les économistes, ce potentiel minier constitue un atout déterminant pour soutenir la croissance. « Les mines génèrent des recettes d’exportation importantes, attirent les investissements et peuvent soutenir l’industrialisation du pays », explique Stevy Mba Ollo, économiste. Selon ce dernier, la clé réside également dans l’intégration de cette richesse dans l’économie nationale. « L’enjeu n’est pas seulement d’extraire davantage, mais surtout de créer de la valeur sur place. Lorsque les minerais sont transformés localement, cela crée des emplois, développe les compétences et renforce les chaînes industrielles, c’est à cette condition que les ressources naturelles peuvent réellement soutenir une croissance durable », ajoute-t-il -il. Si ces projets se concrétisent, le secteur minier pourrait devenir l’un des principaux contributeurs à l’objectif de 10 % de croissance, notamment grâce à l’industrialisation et à la transformation locale des minerais.
Autre secteur clé : la filière bois. Avec l’un des plus vastes massifs forestiers d’Afrique centrale, le Gabon dispose d’un avantage naturel important. Depuis l’interdiction de l’exportation des grumes en 2010, les autorités encouragent la transformation locale du bois afin de capter davantage de valeur ajoutée. Aujourd’hui, les zones économiques spéciales et les unités industrielles installées dans le pays produisent placages, contreplaqués et meubles destinés à l’exportation. Cette orientation vers l’industrialisation de la filière bois a déjà permis de créer des emplois et de diversifier l’économie. « Avec une meilleure structuration du secteur, une montée en gamme des produits et un accès plus large aux marchés internationaux, la filière bois transformé pourrait devenir l’un des piliers de la croissance industrielle gabonaise », indique l’analyste économique Jeremy Biang.
Le développement de l’agriculture et de l’agro-industrie constitue également un levier important pour atteindre l’objectif de croissance. Malgré un fort potentiel agricole, le Gabon dépend encore largement des importations alimentaires. La modernisation des exploitations, l’extension des surfaces cultivées et la mise en place d’unités de transformation pourraient réduire cette dépendance tout en créant de nouvelles opportunités économiques.
Malgré la volonté affichée de diversification, le pétrole reste un pilier majeur de l’économie gabonaise. Les revenus issus des hydrocarbures continuent de représenter une part importante des recettes de l’État. À court et moyen terme, l’optimisation de la production pétrolière et le développement du gaz pourraient contribuer à soutenir la croissance économique. Toutefois, la dépendance à ce secteur expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux. Pour les experts, l’enjeu est donc d’utiliser ces ressources pour financer la transformation économique.
Enfin, le Gabon mise également sur son capital naturel exceptionnel pour développer le tourisme et l’économie verte. Avec ses parcs nationaux, sa biodiversité et ses vastes espaces marins protégés, le pays possède un potentiel important pour l’écotourisme.
Le développement de ce secteur pourrait générer des revenus tout en préservant les écosystèmes, dans une logique de croissance durable et inclusive. Parallèlement, la valorisation des services environnementaux, notamment à travers les mécanismes liés au climat et au carbone, pourrait offrir de nouvelles sources de financement. Atteindre 10 % de croissance d’ici 2030 constitue donc un objectif ambitieux qui nécessitera une mobilisation importante des investissements, des infrastructures et des réformes économiques.
La réussite de cette trajectoire dépendra en grande partie de la capacité du Gabon à industrialiser ses ressources, diversifier ses activités économiques et renforcer son climat des affaires. Si les filières stratégiques identifiées parviennent à se développer simultanément, elles pourraient alors constituer les véritables moteurs de la transformation économique du pays.

