En République gabonaise, l’accès aux soins révèle une fracture profonde entre ceux qui peuvent payer et ceux qui subissent. Derrière les façades des hôpitaux modernes et des cliniques privées, une réalité plus sombre s’impose : un système de santé inégalitaire où l’éthique médicale est mise à rude épreuve, et où le coût des soins conditionne l’attention reçue.
Sur l’ensemble du territoire, deux systèmes coexistent sans véritable passerelle. D’un côté, des cliniques privées bien équipées, offrant des soins rapides et de qualité à une minorité capable d’en assumer les coûts. De l’autre, des structures publiques souvent débordées, sous-financées et confrontées à un manque chronique de matériel et de personnel.
La médecine à deux vitesses menace l’égalité et la dignité : dans les hôpitaux publics, longues attentes, pénuries et favoritisme pour les patients assurés privés sont monnaie courante. « Cette discrimination touche aussi les pharmacies, où les assurés privés sont prioritaires et les autres doivent attendre longtemps », a déclaré Justine Ngoma, patiente dans une structure hospitalière. Ces pratiques fragilisent la confiance dans le système public, contrairement aux cliniques où le personnel est plus avenant et les soins mieux encadrés.
Pour les populations les plus vulnérables, se soigner devient un parcours du combattant. Certains renoncent aux consultations faute de moyens, d’autres arrivent trop tard dans les structures sanitaires, aggravant des pathologies pourtant évitables. « Une fois, je suis arrivée très souffrante à l’hôpital sans rendez-vous préalable. Comme je n’étais pas sur la liste des patients attendus, j’ai dû payer en urgence pour être reçue », a révélé dame Ngoma.
Cette situation creuse davantage les inégalités sociales et met en lumière une forme d’injustice sanitaire. Elle rappelle que si les soins ont un coût, il est indispensable d’accompagner les populations : sans politique de soutien ou de protection, les structures, qui ont elles-mêmes des charges à assumer, entretien des bâtiments, fonctionnement des plateaux techniques, salaires du personnel, ne peuvent pas brader leurs services, même face à la détresse.
Au-delà des traitements inégalement accessibles, c’est une question de justice et de dignité humaine qui se joue. Car une nation ne se mesure pas seulement à ses ressources, mais à sa capacité à garantir à chacun le droit fondamental de se soigner, sans que le prix ne devienne un obstacle à la vie.

