De nombreux phénomènes sociaux demeurent mal compris et souvent sous-estimés que ce soit au Gabon ou ailleurs. Parmi eux, la tokophobie, un trouble psychologique qui touche de plus en plus de femmes, est encore largement méconnue. Derrière ce terme, qui désigne une peur irrationnelle de l’accouchement, se cache une réalité douloureuse qui touche la santé mentale et physique des femmes, mais qui reste trop souvent ignorée ou minimisée.
Au Gabon, comme dans de nombreux autres pays africains, la tokophobie reste un mal méconnu, souvent confondu avec d’autres formes d’anxiété prénatale. Les femmes qui en souffrent sont parfois stigmatisées ou considérées comme faibles, ce qui empêche de nombreuses victimes de chercher de l’aide. « J’avais une peur intense de l’accouchement, mais je ne savais pas que cela avait un nom. Je me sentais coupable et isolée. Ce n’est qu’après avoir parlé à des professionnels que j’ai compris que je souffrais de tokophobie », Indique Marcia Hinelle, une victime.
Les effets de la tokophobie sont multiples. D’un point de vue psychologique, elle peut provoquer des troubles du sommeil, de l’anxiété générale, voire des épisodes de dépression. Certaines femmes, dans un état de stress intense, peuvent même tenter de fuir l’accouchement, ce qui peut compromettre leur santé et celle de leur bébé.
Ce trouble peut se manifester sous différentes formes, allant d’une simple appréhension liée à l’accouchement à une peur paralysante, rendant la grossesse et l’idée de devenir mère insupportables. « Les causes de cette peur sont multiples : traumatismes passés lors d’une précédente grossesse, mauvaises expériences avec les soins de santé, peur de la douleur, ou encore influences sociales et culturelles », explique Olivier Mbadinga, psychologue clinicien.
La peur excessive peut entraîner une augmentation des demandes de césariennes, souvent non justifiées sur le plan médical. « Cela peut avoir des répercussions sur la récupération post-partum et l’allaitement. Les femmes atteintes de tokophobie risquent également de vivre un accouchement dans un état de panique, ce qui rend l’expérience encore plus traumatisante », indique Dr Ebanga, Gynécologue.
Bien que la tokophobie soit un trouble complexe, elle peut être traitée. Pour les spécialistes, l’une des principales approches consiste à offrir un soutien psychologique pendant la grossesse, notamment par des séances de thérapie cognitivo-comportementale (TCC), qui ont montré des résultats positifs dans le traitement de l’anxiété prénatale.
Le soutien social joue également un rôle crucial. Les femmes doivent se sentir écoutées et soutenues, que ce soit par leur partenaire, leur famille, ou même les sages-femmes et médecins. Une meilleure préparation à l’accouchement, incluant des informations sur les différentes options disponibles (accouchement naturel, péridurale, césarienne), peut réduire l’anxiété liée à l’inconnu.
Les autorités de santé gabonaises doivent prendre conscience de l’impact de la tokophobie et intégrer des formations spécifiques sur ce trouble dans les cursus médicaux. De plus, des espaces de discussion devraient être créés dans les établissements de santé pour permettre aux femmes d’exprimer leurs craintes, brisant ainsi le silence autour de cette problématique et assurant un meilleur accompagnement des futures mères.
Ainsi, pour accroître le taux de natalité dans le pays, il est crucial de démystifier cette peur et de proposer un accompagnement médical et psychologique approprié. Afin que la société gabonaise puisse offrir à ses futures mamans un environnement plus sûr, plus serein et plus compréhensif pour aborder l’un des moments les plus marquants de leur vie.

