Le nouveau Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030 dresse un état des lieux préoccupant mais plus nuancé de la santé au Gabon. Si l’accès théorique aux soins progresse, le document met surtout en lumière les défis structurels à relever pour atteindre une couverture sanitaire universelle effective d’ici 2030.
Contrairement à certaines interprétations erronées, les données issues de l’Enquête Démographique et de Santé (EDSG 2019-2021) indiquent que le taux de mortalité infanto-juvénile est estimé à 39 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit environ 3,9 % des enfants qui décèdent avant l’âge de 5 ans. Ce niveau reste préoccupant, bien qu’il soit en baisse par rapport aux décennies précédentes et globalement cohérent avec les estimations internationales récentes situées autour de 34 à 40 décès pour 1 000 naissances au Gabon .
La mortalité maternelle demeure également élevée, avec des ratios encore importants selon les sources nationales et internationales, traduisant des insuffisances persistantes dans la prise en charge des grossesses et des accouchements à risque. Au-delà des indicateurs, le PNCD met en évidence les principales causes de morbidité et de mortalité, notamment le paludisme, le VIH/Sida et la malnutrition. Ces pathologies continuent de peser lourdement sur le système de santé, en particulier chez les enfants, où le paludisme reste l’une des premières causes de décès .
L’un des défis majeurs identifiés reste la fracture entre accessibilité géographique et accessibilité réelle aux soins. En milieu urbain, une grande partie de la population vit à proximité d’un centre de santé, mais le recours aux services reste limité, souvent en raison de la qualité insuffisante des équipements ou du manque de personnel qualifié. En zones rurales, les difficultés sont encore plus marquées, avec des infrastructures parfois vétustes et un accès irrégulier aux services essentiels.
Le rôle de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS) demeure central dans la politique de protection sociale. Toutefois, des défis persistent, notamment en matière de délais de remboursement et de maîtrise des dépenses, qui impactent directement l’accès effectif aux soins pour les populations les plus vulnérables.
Pour répondre à ces enjeux, le gouvernement mise sur plusieurs leviers : le renforcement des ressources humaines en santé, la lutte contre l’exode des professionnels qualifiés, ainsi que le développement de la formation continue. La digitalisation du système de santé, encore embryonnaire, est également présentée comme un outil clé pour améliorer la gouvernance, la traçabilité des soins et la coordination des acteurs.
À travers ce PNCD, le Gabon amorce ainsi une réforme structurelle de son système de santé. L’objectif est clair : passer d’un accès théorique aux soins à un accès réel, équitable et de qualité, afin de réduire durablement la mortalité évitable et garantir à chaque citoyen une prise en charge digne et efficace.

