Le phénomène des coachs en développement personnel prend de l’ampleur au Gabon, attirant une population en quête de solutions face aux incertitudes de la vie. Mais cette montée en puissance suscite des interrogations. Faut-il y voir une opportunité d’accompagnement ou une menace pour des esprits vulnérables ?
La société gabonaise, comme presque partout en Afrique, traverse une crise profonde au niveau de ses valeurs morales et spirituelles, marquée par la disparition progressive des cadres traditionnels d’éducation populaire. Autrefois, les familles, les cercles religieux ou les anciens jouaient un rôle essentiel dans la transmission des repères culturels et sociaux. Aujourd’hui, ce vide laisse le champ libre à de nouveaux « mentors », dont les coachs en développement personnel.
Le sociologue Cyr Pavlov Moussavou analyse cette recrudescence comme « le symptôme d’une crise profonde ». Selon lui, « l’effondrement des structures traditionnelles d’éducation populaire a laissé un vide, plongeant de nombreux Gabonais dans une quête identitaire et existentielle. Sans ces repères moraux et spirituels, certains se tournent vers les coachs en développement personnel, qui occupent désormais un espace autrefois dévolu aux familles, aux institutions religieuses et aux cercles communautaires ».
Le problème n’est pas tant l’existence de ces coachs, mais l’absence d’un cadre réglementaire. Sans normes claires, ces nouveaux guides peuvent dériver vers des pratiques douteuses, exploitant la fragilité de ceux qui cherchent à donner du sens à leur vie.
Un métier à double tranchant
Si certains dénoncent une forme de « gouroutisation » du coaching, d’autres appellent à plus de nuance. Sylver Boussamba insiste sur l’importance de considérer l’humain derrière le costume du coach. « Nous devons accepter et traiter notre vulnérabilité, car dans le costume du coach, il y a un être humain qui est un être émotionnel », a-t-il affirmé.
Autrement dit, tous les coachs ne sont pas des manipulateurs opportunistes. Beaucoup exercent avec bienveillance et sincérité, apportant un soutien précieux à ceux qui en ont besoin. Le problème ne réside donc pas tant dans la pratique elle-même, mais dans l’absence de formation et de cadre légal qui encadrerait leur rôle.
Encadrer pour mieux protéger
Plutôt que de diaboliser le coaching en développement personnel, la solution pourrait être d’instaurer une régulation stricte. Une formation adéquate et une reconnaissance officielle du métier permettraient d’éviter les dérives, tout en garantissant un accompagnement de qualité.
En attendant, la prudence reste de mise. La vulnérabilité d’une population en quête de repères ne devrait pas être un terrain de chasse pour des vendeurs d’illusions. Mais lorsqu’il est exercé avec sérieux et encadré par des normes claires, le coaching en développement personnel peut avoir une véritable utilité sociale.

