Dans les centres hospitaliers du pays, une angoisse sourde accompagne trop souvent celle de la maladie : celle de la facture. Si le Gabon dispose de structures de proximité essentielles et d’une assurance santé publique, l’hospitalisation ou les soins lourds révèlent une réalité sociale brutale pour ceux qui n’en bénéficient pas pleinement. Pour de nombreuses familles, se soigner est devenu autant un défi financier qu’une épreuve physique.
Le constat de T.R-E met en lumière une situation de détresse de plus en plus courante : « Les frais des hôpitaux sont souvent très élevés. Il est même déjà arrivé que certains ne puissent pas payer et se retrouvent à demander de l’aide afin de régler leur facture ». Cette solidarité, souvent sollicitée en urgence, devient le dernier rempart pour des patients confrontés à des coûts qu’ils n’avaient pas anticipés.
Le passage obligé vers les structures de référence
Pourtant, le Gabon possède un réseau de soins de premier recours. Comme le souligne Chango Elia, les PMI (Protections maternelles et infantiles), les cliniques publiques et l’action du Samu social constituent des bouées de sauvetage au quotidien. Mais le problème surgit dès que l’état de santé se dégrade.
« Quand il s’agit d’hospitalisation ou de problèmes de santé plus graves, on est obligé d’aller dans ces grands hôpitaux-là. Tout le monde ne bénéficie pas toujours d’une assurance pour couvrir les soins ». C’est là que se situe la difficulté : dès que l’on quitte les soins de proximité pour la médecine spécialisée, la protection sociale s’effrite pour les patients non couverts ou insuffisamment pris en charge.
Des soins coûteux, des structures sous pression
Toutefois, la question du coût des soins ne peut être abordée sans considérer la réalité des structures sanitaires elles-mêmes. Les hôpitaux, qu’ils soient publics ou privés, fonctionnent avec des charges importantes : entretien des bâtiments, renouvellement des équipements médicaux, fonctionnement des plateaux techniques, achat de médicaments et paiement des salaires du personnel.
Dans ce contexte, attendre de ces établissements qu’ils bradent leurs services sans mécanismes solides de compensation ou de subvention relève d’une équation difficile. Sans politique d’accompagnement efficace, les structures de santé restent contraintes de répercuter une partie de ces coûts sur les patients, au risque d’alourdir davantage leur fardeau.
Un cri pour une santé digne et accessible
Au-delà de la critique, c’est une demande de dignité qui s’exprime à travers les mots de Zang Bekale Elvire. Si le dévouement du personnel médical est salué, l’urgence porte sur l’accessibilité financière des soins. « On aimerait aussi avoir un accès aux soins plus abordable pour nous, nos familles et nos enfants. Des prix qui nous permettent de bénéficier de tout : prise en charge, consultation, hospitalisation… ».
Pour elle, comme pour beaucoup, la solution passe par un système de protection sociale plus robuste : des mécanismes capables de couvrir efficacement les frais, notamment pour les plus vulnérables. Car se soigner ne devrait jamais signifier s’endetter ou renoncer.
Un enjeu de justice sociale et de gouvernance
Face à ce fardeau silencieux, la question reste entière : comment construire un système de santé qui concilie accessibilité pour les patients et viabilité pour les structures ? Réduire les coûts pour les usagers tout en soutenant financièrement les établissements apparaît comme un équilibre indispensable.
Car au-delà de la médecine, c’est un choix de société qui se dessine. Faire en sorte que, demain, le seul combat d’un malade soit celui de sa guérison, et non celui de son porte-monnaie, suppose des réformes profondes, à la fois sociales, économiques et structurelles.

