Chaque année, des milliers de jeunes gabonais obtiennent leur diplôme universitaire, plein d’espoirs et d’ambitions. Cependant, ils se heurtent souvent à une réalité difficile : trouver un emploi correspondant à leurs aspirations . Ce phénomène s’est accentué au fil des années, révélant un problème persistant d’adéquation entre les formations suivies et les offres d’emploi disponibles.
Face à ce fléau de l’inemployabilité, une tendance inquiétante a peu à peu émergé : celle de nombreux diplômés qui se reconvertissent, parfois par nécessité, souvent loin de leur domaine de prédilection. Certains acceptent des emplois précaires, vulgairement appelés « bricoles », pour joindre les deux bouts, tandis que d’autres se tournent vers des métiers totalement différents de ceux pour lesquels ils ont été formés. « Après l’obtention de mon master en lettres modernes, j’ai eu du mal à trouver un emploi dans mon domaine. J’ai donc dû me reconvertir dans la vente en ligne afin de subvenir à mes besoins », confie Marva, une jeune gabonaise en quête d’un emploi.
Ce phénomène s’explique en partie par l’orientation massive des étudiants vers des filières déjà saturées, telles que le droit, la banque-assurance ou encore les sciences sociales, qui ne correspondent pas toujours aux besoins réels du marché de l’emploi. « J’ai étudié la science politique pendant cinq ans et, aujourd’hui, je travaille comme serveur dans un café. Ce n’est pas du tout ce que j’avais prévu », raconte Roger. Parallèlement, les formations techniques et professionnelles, pourtant très recherchées par les entreprises, restent marginalisées et peu valorisées. De plus, les apprenants n’y bénéficient pas toujours d’un encadrement adéquat.
Les experts s’accordent à dire que, pour endiguer cette endémie, il est nécessaire que les autorités compétentes repensent le système d’orientation des élèves. « Il est urgent de mieux accompagner les jeunes afin qu’ils puissent faire des choix éclairés et acquérir des compétences réellement adaptées aux exigences du marché de l’emploi », souligne Jean-Marc Moussavou, sociologue.
À cela s’ajoute une réalité récurrente : des programmes de formation jugés déconnectés des réalités du terrain et peu en phase avec les besoins du marché. L’enseignement, souvent trop théorique, se fait sans véritable pratique, avec une absence de stages structurés et une faible interaction avec le monde professionnel. Autant de lacunes qui fragilisent l’employabilité des jeunes diplômés, sans oublier les exigences parfois élevées des entreprises. « On apprend beaucoup de choses, mais on ne sait pas toujours à quoi ça sert concrètement », résume Clarisse, titulaire d’un master en lettres modernes.
Il est à noter que les instances en place tentent, tant bien que mal, d’offrir des opportunités à ces jeunes désireux de s’en sortir. Des réformes sont engagées, misant sur la diversification des filières, la valorisation de l’enseignement technique, le renforcement des partenariats avec les entreprises, entre autres. Il s’agit non seulement de répondre aux besoins du marché, mais aussi de redonner espoir à une jeunesse de plus en plus désillusionnée. Derrière la question des diplômes, c’est bien celle de l’avenir qui se joue.

