Dans un contexte où la pêche artisanale ne suffit plus à répondre à la demande nationale et à protéger les ressources halieutiques, le gouvernement gabonais met en œuvre une série de réformes stratégiques dans le cadre de sa feuille de route des 100 jours. Le ministère de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, sous la direction de son ministre, a présenté les grandes lignes de sa vision pour moderniser le secteur et renforcer la gouvernance.
La stratégie repose sur trois axes principaux : la souveraineté halieutique et la préservation des espaces marins, la structuration de la filière pêche et la transformation locale, et enfin, la gouvernance de l’économie bleue. « Le droit évolue avec le temps. Les lois d’il y a vingt ans ne sont plus adaptées à la réalité actuelle. Ce secteur est resté longtemps sans vision claire pour sa gouvernance », a précisé Aimé-Martial Massamba, ministre de la Mer, de la Pêche et de l’Économie Bleue
Dans ce cadre, une réforme des textes est jugée indispensable. Quatre projets de décrets et sept arrêtés seront soumis au gouvernement afin de réaménager la gouvernance du ministère et renforcer la régulation du secteur.
Le ministre a également souligné la problématique de la pêche illicite et non déclarée, qui affecte tous les pays côtiers. « Des brigades de surveillance et la marine nationale sillonnent nos océans pour traquer les contrevenants, mais sans données chiffrées fiables, il est difficile d’évaluer le coût réel de ces pertes », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, le secteur souffre d’un manque de ressources humaines qualifiées. « Les hommes ne sont pas inefficaces, mais beaucoup n’ont pas reçu la formation nécessaire pour ce métier. Nous devons renforcer l’éthique et la déontologie dans nos administrations », a insisté Aimé-Martial Massamba.
Face à la baisse de la disponibilité du poisson et aux limites de la pêche artisanale, le gouvernement mise sur le développement de la filière industrielle et des infrastructures de pêche. Le ministre a souligné que l’objectif est d’encourager les pêcheurs nationaux et industriels à investir localement afin de créer une chaîne de valeur durable, garantissant une production plus stable et mieux organisée pour le marché gabonais.
La relance des stations piscicoles, comme celle de Stéfo et de la Péry, servira également de projet pilote pour augmenter la production nationale grâce à l’écloserie, avec des résultats attendus dans les six prochains mois.
Le membre du gouvernement a également évoqué le rôle des Blue Bonds, mécanisme de financement innovant qui permet au Gabon de dégager des ressources pour soutenir des projets liés à l’économie bleue. Il prévoit cinq projets d’une valeur de 875 millions, incluant l’amélioration du système d’information, l’évaluation sanitaire des centres de pêche et la construction de quais de débarquement.
Avec ces mesures, le Gabon entend moderniser son secteur de la pêche, protéger ses ressources halieutiques et offrir aux pêcheurs, qu’ils soient artisans ou industriels, un cadre réglementaire stable et attractif.

