À Libreville comme à l’intérieur du pays, l’accès à l’eau potable et à l’électricité relève désormais du parcours du combattant pour de nombreux ménages. Entre délestages chroniques et robinets à sec, le quotidien des populations est marqué par une précarité devenue presque banale.
Une situation suffisamment grave pour que le dernier Conseil des ministres, tenu le 5 janvier 2026, tape du poing sur la table. Le Chef de l’État a exigé du gouvernement des solutions immédiates afin de mettre fin à un calvaire qui freine l’économie et exaspère une population à bout de patience.
Aujourd’hui, l’accès à l’eau potable est devenu un luxe pour de nombreux foyers. Ce qui devrait être un service de base et continu s’est transformé en épreuve quotidienne, à la fois physique et morale. « On peut faire une semaine entière sans y avoir accès, c’est extrêmement pénible pour l’hygiène et le ménage », confie une riveraine du quartier Ozangué.
Pour continuer à vivre tant bien que mal, des familles sont contraintes de transporter des bidons sur de longues distances jusqu’à la pompe publique la plus proche. Cette pénurie a également des effets pervers sur le logement. Dans plusieurs quartiers, le simple fait de disposer d’un accès régulier à l’eau devient un argument pour justifier la hausse des loyers. Des zones mieux desservies voient ainsi leurs prix augmenter, comme si l’accès à l’eau constituait un privilège, alors qu’il devrait s’agir d’une norme élémentaire dans toute habitation.
Le coût invisible des délestages
L’électricité, lorsqu’elle est disponible, ne l’est jamais durablement. Ces coupures répétées ne plongent pas seulement les quartiers dans l’obscurité : elles fragilisent un peu plus l’économie des ménages. À Mindoubé 2, une habitante déplore les conséquences matérielles. « Les appareils ménagers s’endommagent avec ces coupures, la nourriture finit par se gâter dans les congélateurs ».
Dans un contexte de vie chère, la perte de provisions représente un coup dur supplémentaire pour des familles déjà sous pression.
Pour Dieu-Donné, conducteur de taxi, la combinaison des coupures d’eau et d’électricité rend la vie quotidienne insupportable. « Entre les coupures d’eau et les délestages, on ne sait plus où donner de la tête. On passe des heures sans courant, parfois même sans courant et sans eau », s’indigne-t-il.
Un sentiment de vivre dans des conditions indignes largement partagé par les habitants : « On ne peut pas continuer de vivre dans de telles conditions ».
Un appel à la responsabilité de l’État
Au-delà de la colère, le message des populations ressemble à un véritable cri de détresse, mais aussi à une demande de justice sociale. Les citoyens interrogés rappellent qu’ils ne cherchent pas à « embêter » les autorités, mais simplement à bénéficier de droits fondamentaux. « On aimerait que les autorités entendent nos cris et notre ras-le-bol », insiste Dieu-Donné.
Lors du Conseil des ministres du lundi 05 janvier 2026, le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema a rappelé que l’État doit désormais « décider, exécuter et rendre compte ». Pour les Gabonais qui patientent dans le noir ou devant des robinets vides, cette nouvelle méthode de gouvernance est désormais attendue sur le terrain, à travers des actes concrets, visibles et immédiats.

