Depuis le 28 décembre dernier, une vague de manifestations massives déferle sur l’Iran. Si la vie chère a servi de détonateur, la colère s’est transformée en un mouvement profond qui réclame désormais la fin du système. Entre effondrement économique et soif de liberté, le régime de Téhéran fait face à une menace sans précédent.
Tout a commencé par un ras-le-bol face à une précarité écomique. Avec une monnaie nationale, “le rial” qui s’effondre, des sanctions internationales pesantes et une inflation qui rend le quotidien impossible, les Iraniens sont descendus dans la rue pour dénoncer la hausse brutale du coût de la vie. Mais très vite, les slogans ont dépassé les questions de portefeuille pour s’attaquer aux fondements mêmes du pouvoir.
Un mouvement de fond qui vient de loin
Pour Shiva Mahbobi, ancienne prisonnière politique iranienne interrogée par RFI, ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas un événement isolé, mais la suite directe du mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022. Selon elle, la population a franchi un cap psychologique décisif : « En Iran, les gens sont arrivés à un point de non-retour. Ils n’ont plus rien à perdre et veulent la fin du régime islamique pour pouvoir avoir une vie normale. »
Cette volonté de changement ne vise pas seulement le Guide suprême iranien , Ali Khamenei, mais l’ensemble du système politique. Malgré les blocages d’Internet et la stratégie de la peur, le régime ayant multiplié les exécutions en 2025 pour tenter de décourager toute reprise de la contestation des millions de personnes continuent d’occuper l’espace public.
Le silence pesant de la communauté internationale
Sur le terrain, la frustration est d’autant plus grande que l’aide extérieure se fait attendre. Alors que l’oppression s’intensifie, Shiva Mahbobi dénonce une forme d’indifférence des grandes puissances : « À part des condamnations dans le vide, la communauté internationale n’a rien fait depuis deux semaines. Cela donne plus de marge au régime pour tuer les manifestants. »
Pourtant, l’ancienne prisonnière politique est claire : les Iraniens ne cherchent pas de sauveur extérieur. Ils savent que le changement viendra d’eux-mêmes, de ceux qui sont déjà dans les prisons ou dans la rue. Ce qu’ils attendent des gouvernements occidentaux, ce ne sont pas des paroles, mais des actes politiques qui ont du poids.
Pour Shiva Mahbobi, si le monde veut vraiment soutenir le peuple iranien, il doit passer aux sanctions diplomatiques réelles : « Le plus important pour moi aujourd’hui, c’est que les dirigeants des pays occidentaux commencent par exemple par fermer les ambassades du régime et rappeler leurs consuls en Iran. ». En attendant, le face-à-face se poursuit dans les rues iraniennes, où tout un peuple semble prêt à tout pour reprendre son destin en main.

