Dans les débats publics comme sur les réseaux sociaux, certains comportements interrogent de plus en plus la qualité du dialogue et le sens du vivre-ensemble. Parmi eux, le « syndrome du personnage principal », une attitude qui pousse certains individus à se placer systématiquement au centre de toutes les discussions, en interprétant la moindre contradiction comme une attaque personnelle.
Au-delà d’un simple égocentrisme, ces personnes se perçoivent fréquemment comme les cibles d’une hostilité généralisée. « La personnalité, qui devrait être un outil pour s’adapter à la vie, devient une sorte de prison intérieure. Très souvent, la personne ne dit pas “j’ai un problème”, elle dit plutôt “ce sont les autres qui me font souffrir” », explique Hynnel Verley Mawele Mbembou, psychologue clinicien et psychopathologue. Convaincues de n’avoir jamais posé d’actes justifiant une critique légitime, elles attribuent toute opposition à la jalousie ou à la malveillance d’autrui. « C’est une manière d’être qui s’installe dès l’adolescence et qui finit par faire souffrir la personne elle-même et son entourage », précise-t-il.
La responsabilité individuelle est ainsi évacuée au profit d’un discours victimaire où la faute incombe toujours aux autres. Ces personnes se construisent parfois des ennemis imaginaires et manifestent un besoin constant de reconnaissance. « Ces troubles se construisent tôt. Ils prennent racine dans l’histoire affective : manque de sécurité, rejet, abus, humiliation, instabilité, absence de repères », souligne l’expert. Elles s’estiment souvent enviées pour des qualités ou des réussites principalement valorisées par elles-mêmes, tandis que l’absence de validation est interprétée comme une hostilité dissimulée.
Dans certains cas, cette logique évolue vers des perceptions de complots dirigés contre elles. « L’enfant développe alors des stratégies psychiques pour survivre émotionnellement : se durcir, se méfier, séduire, contrôler, éviter, attaquer avant d’être attaqué. Le problème, c’est que ces stratégies restent actives à l’âge adulte, même lorsqu’elles ne sont plus adaptées. Ce qui protégeait l’enfant finit par enfermer l’adulte », analyse Hynnel Verley Mawele Mbembou. De simples divergences d’opinion ou des relations d’affinité sont ainsi interprétées comme des manœuvres malveillantes, alimentant un climat de suspicion permanente.
Les réseaux sociaux contribuent à amplifier ces comportements en favorisant la quête de visibilité au détriment de l’écoute et de l’argumentation. « Les réseaux sociaux peuvent détériorer l’état mental de ces personnes. Ils favorisent la comparaison, la dépendance aux “likes”, l’isolement réel et l’instabilité émotionnelle », avertit le psychologue. Dans ces espaces, la contradiction est souvent mal tolérée et le débat bascule rapidement dans l’affrontement émotionnel.
En définitive, si ce type d’attitude traduit un besoin profond de reconnaissance, il appauvrit les échanges et fragilise le vivre-ensemble. « La guérison commence le jour où la personne se dit : “ma façon de réagir me fait souffrir” », conclut l’expert. Le véritable enjeu réside dans la capacité à accepter le désaccord, à cesser de tout ramener à soi et à reconnaître que toute critique n’est pas nécessairement une attaque personnelle.

