La crise qui secoue le secteur de l’éducation nationale au Gabon continue de s’enliser, malgré les annonces officielles de reprise des cours à compter du lundi 19 janvier 2026. Face à un bras de fer de plus en plus tendu entre le ministère de l’Éducation nationale et les enseignants grévistes, une partie de la base syndicale en appelle désormais directement au président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, perçu comme l’ultime recours capable de dénouer la situation.
Réunis en assemblée générale le samedi 17 janvier 2026 au terrain de basket d’Awendjé, les enseignants ont acté la poursuite du mouvement de grève. Ils ont rejeté les dernières propositions gouvernementales, estimant que les promesses de régularisation administrative et de mise en solde restent insuffisantes et trop partielles. Plus révélateur encore, plusieurs interventions ont dénoncé une rupture entre la base et certains leaders syndicaux, accusés de compromission, traduisant une profonde crise de confiance au sein même du mouvement.
Dans ce contexte, l’annonce du ministère confirmant la reprise des activités pédagogiques apparaît, pour les grévistes, comme déconnectée de la réalité du terrain. Si le communiqué n°001 évoque des « avancées significatives du dialogue avec les partenaires sociaux », les syndicats comme le SENA et le collectif SOS Éducation maintiennent que les revendications essentielles, paiement intégral des rappels de solde, régularisation définitive des situations administratives et amélioration des conditions de travail, restent sans réponse concrète. Résultat : les salles de classe devraient, selon eux, demeurer fermées.
Au-delà des postures institutionnelles, le conflit révèle une crise plus profonde entre l’État et le corps enseignant. Chaque jour de paralysie supplémentaire accentue le risque d’une année scolaire gravement compromise, voire d’une « année blanche », avec des conséquences lourdes pour les élèves du public, majoritairement issus de familles modestes. L’écart se creuse ainsi avec le privé, accentuant une éducation à deux vitesses déjà fortement critiquée.
C’est dans ce climat de tension et d’urgence que de nombreux enseignants estiment qu’une rencontre directe avec le président Oligui Nguema pourrait constituer un tournant décisif. En s’impliquant personnellement dans le dossier, le chef de l’État pourrait restaurer la confiance, arbitrer les différends et imposer des engagements clairs et vérifiables, seuls à même de convaincre la base de suspendre la grève et de regagner les salles de classe.
À défaut d’un tel geste politique fort, la crise risque de s’enraciner davantage, au détriment des apprenants et de la crédibilité du dialogue social. Pour beaucoup d’enseignants, l’heure n’est plus aux communiqués, mais à une décision présidentielle capable de transformer les promesses en actes et d’ouvrir enfin la voie à une reprise effective et durable des cours.

