Au Gabon, la crise sociale qui secoue le secteur de l’éducation met en lumière une fracture de plus en plus perceptible entre les leaders syndicaux et une partie de leur base. Alors que la grève des enseignants se prolonge et que les négociations piétinent, des voix s’élèvent pour questionner la représentativité réelle des responsables syndicaux et leur capacité à porter fidèlement les attentes des grévistes.
Sur le terrain, certains enseignants disent ne plus se reconnaître totalement dans les stratégies adoptées par leurs leaders. Si la revendication d’un dialogue direct avec le chef de l’État est largement partagée, la radicalisation du mouvement et la logique du « tout ou rien » suscitent des interrogations. « Nous soutenons les revendications, mais nous ne sommes pas toujours consultés sur les décisions majeures », confie un enseignant du secondaire, sous couvert d’anonymat. Une perception qui alimente le sentiment d’un décalage entre les états-majors syndicaux et la réalité vécue dans les établissements.
Cette crise de confiance est renforcée par l’opacité reprochée à certains processus internes. Plusieurs enseignants estiment manquer d’informations claires sur l’état réel des négociations, les concessions éventuellement obtenues ou les perspectives de sortie de crise. Dans ce contexte, les rumeurs prennent le pas sur la communication officielle, fragilisant davantage la cohésion du mouvement. Pour certains observateurs, cette situation traduit un déficit de gouvernance syndicale, à un moment où l’unité devrait pourtant être un atout stratégique.
Du côté des leaders syndicaux, ces critiques sont rejetées. Ils affirment agir dans l’intérêt collectif et rappellent que la pression reste, selon eux, le seul levier efficace face à des autorités accusées de promesses non tenues. « Nous rendons compte à la base à travers nos structures et nos assemblées », soutient un responsable syndical, qui voit dans ces remises en cause une tentative de division du mouvement. Une lecture que ne partagent pas tous les grévistes, notamment ceux confrontés aux menaces de sanctions administratives.
Au-delà du conflit actuel, cette crise de confiance pose une question plus large : celle de la représentativité syndicale dans un contexte social en mutation. Si les syndicats demeurent des acteurs centraux du dialogue social, leur légitimité repose sur leur capacité à écouter, associer et informer leur base. Faute de quoi, le risque est grand de voir s’installer un malaise durable, affaiblissant à la fois le mouvement revendicatif et la crédibilité du syndicalisme gabonais.

