Alors que l’attention de l’opinion publique se concentre principalement sur les mouvements de grève des enseignants de la fonction publique, une autre réalité, plus silencieuse, mais tout aussi préoccupante, persiste dans l’ombre : celle des enseignants du secteur privé. Salaires insuffisants, conditions de travail précaires et absence quasi totale de protection sociale rythment le quotidien de ces acteurs pourtant indispensables au système éducatif gabonais.
Faute de recrutements suffisants dans la fonction publique, de nombreux enseignants se retrouvent contraints de se tourner vers le privé, souvent par défaut. « J’aime enseigner, mais n’ayant pas réussi les concours du public, je n’avais pas d’autre choix que le privé », confie un enseignant ayant requis l’anonymat. Ce choix s’accompagne toutefois de lourdes conséquences.
Dans de nombreux établissements privés, les enseignants exercent sans contrat écrit, liés par de simples accords verbaux, en violation flagrante du Code du travail. Les charges horaires sont importantes, les exigences élevées, pour des rémunérations oscillant entre 80 000 et 150 000 francs CFA. « Je suis enseignante au pré-primaire et je gagne à peine 100 000 francs CFA par mois », témoigne une éducatrice.
À cette faiblesse salariale s’ajoute une grande insécurité professionnelle. En cas de maladie, d’absence prolongée ou de licenciement, aucune procédure formelle n’est respectée. « Un collègue est tombé malade et, après plusieurs mois d’absence, il a été simplement licencié, sans explication ni accompagnement », déplore une enseignante.
La situation est d’autant plus préoccupante que beaucoup d’enseignants travaillent sans aucune garantie sociale : aucune cotisation à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), pas d’assurance maladie, ni le moindre avantage professionnel. « Depuis que je suis dans cette école, on ne m’a jamais parlé de cotisation à la CNSS » a affirmé une enseignante sous anonymat.
Ce tableau contraste avec la réalité économique de certains établissements privés, qui génèrent des revenus conséquents grâce à des frais de scolarité élevés, tandis que les salaires des enseignants stagnent parfois depuis plus d’une décennie. La précarité s’accentue encore durant les vacances scolaires, période pendant laquelle les enseignants ne perçoivent aucun revenu. « Durant les vacances, je suis obligé de chercher un autre travail pour survivre », confie l’un d’eux.
Face à ces dérives, l’intervention des autorités compétentes apparaît urgente et indispensable. Derrière chaque salle de classe se trouvent des Gabonais qui aspirent à vivre dignement de leur travail et à contribuer, durablement et efficacement, à l’avenir du pays par l’éducation.

