Dans plusieurs quartiers populaires de Libreville et de ses environs, la consommation excessive d’alcool et de drogues alimente une montée préoccupante des violences. Derrière des faits divers de plus en plus fréquents, des familles désemparées assistent à la dégradation physique, psychologique et sociale de leurs enfants, tandis que les autorités tentent d’endiguer un phénomène aux causes multiples.
Au quartier Nzeng Ayong, dans le 6ᵉ arrondissement de Libreville, l’inquiétude est palpable. Selon plusieurs riverains, la dépendance à l’alcool et aux stupéfiants pousse certains jeunes à adopter des comportements agressifs et imprévisibles. « Celui que nous avons connu en bonne santé devient méconnaissable. Ce ne sont plus les mêmes enfants. L’alcool et la drogue les détruisent à petit feu », confie Ondo Hugues, parent d’un jeune en difficulté, visiblement éprouvé.
Au quotidien, les manifestations de cette dérive sont visibles : querelles violentes, bagarres nocturnes, agressions parfois graves. Peu à peu, un climat de peur et d’insécurité s’installe, fragilisant le vivre-ensemble et le tissu social du quartier. La situation est similaire dans d’autres zones populaires de la capitale, notamment à Briou ou derrière la prison centrale. Là aussi, des soirées alcoolisées dégénèrent parfois en drames. Un habitant raconte l’agression d’un jeune après une nuit d’ivresse : « Après une dispute, il est revenu avec un couteau et a poignardé l’autre. On a eu très peur ». Des récits qui illustrent la spirale de violence dans laquelle certains jeunes sombrent, mettant en danger leur propre vie et celle des autres.
Face à cette réalité, les professionnels de la santé mentale tirent la sonnette d’alarme. Au Centre national de santé mentale (CNSM), les équipes constatent une augmentation inquiétante des cas d’addictions chez les jeunes. « Chaque semaine, nous recevons une dizaine, parfois une quinzaine de jeunes amenés par des parents très inquiets. Le consommateur ne se rend pas toujours compte des dégâts qu’il subit », explique Ulrich Mouyoudi Mouyoudi, psychologue clinicien au CNSM.
Selon les spécialistes, l’alcool et les drogues agissent directement sur le système nerveux central, altérant le jugement, le comportement et la gestion des émotions. Sans prise en charge médicale et psychologique adaptée, ces addictions peuvent conduire à des troubles mentaux sévères, à la marginalisation sociale et à des violences incontrôlées.
Sur le plan sécuritaire, les autorités gabonaises affichent une politique de tolérance zéro en matière de consommation et de trafic de drogues. Les forces de défense et de sécurité ont été instruites de renforcer les contrôles et d’appliquer strictement la loi afin de préserver la sécurité et la tranquillité des populations.
Toutefois, de nombreux acteurs soulignent que la réponse ne peut être uniquement répressive. La lutte contre les addictions appelle une approche globale, intégrant prévention, sensibilisation, accompagnement psychologique et soutien aux familles. Car au-delà d’un enjeu de sécurité, il s’agit avant tout d’un problème de santé publique et de cohésion sociale.
Dans cette perspective, les efforts engagés par les autorités pour renforcer la sécurité, améliorer la prise en charge sanitaire et développer des politiques de prévention traduisent une volonté de s’attaquer aux causes profondes du phénomène. En combinant action sécuritaire, réponses sociales et accompagnement médical, l’État pose les bases d’une stratégie durable pour sauver une jeunesse en perte de repères et restaurer l’espoir dans les quartiers populaires, afin que la violence et l’addiction ne deviennent jamais une fatalité.

