Derrière les sourires de façade et les quotidiens hyperactifs se cache une réalité souvent ignorée : la dépression. Invisible mais destructrice, cette maladie mentale ne crie pas, ne saigne pas, mais elle ronge profondément ceux qu’elle touche. Pour mieux comprendre ce fléau, le psychologue clinicien et psychopathologue Hynnel Verley Mawele Mbembou livre une analyse sur l’urgence de briser le silence.
La dépression est qualifiée de « tueuse silencieuse » car elle s’installe insidieusement dans la pensée et les émotions, sans signes extérieurs spectaculaires. Une personne peut continuer à remplir ses obligations familiales ou professionnelles tout en étant psychiquement épuisée. Dans de nombreux contextes africains, où endurance et force sont érigées en vertus, cette souffrance est trop souvent normalisée, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
Savoir repérer les signaux d’alarme
La maladie ne débute pas par une crise brutale, mais par des changements subtils que l’entourage a tendance à minimiser :
– Changements d’humeur : irritabilité constante, retrait inhabituel ou perte d’intérêt pour des activités auparavant appréciées.
– Signes physiques : troubles du sommeil, fatigue persistante, douleurs inexpliquées.
– Signaux verbaux : des phrases comme « je suis fatigué de la vie » ou « je ne vois plus le sens de ce que je fais » doivent toujours alerter.
Le retard dans le diagnostic, alimenté par le tabou de la santé mentale, entraîne souvent des comportements à risque : recours à l’alcool ou aux drogues, isolement social, ou somatisation par des symptômes physiques dont la racine est psychique. Dans les situations les plus graves, la dépression peut mener au suicide, laissant proches et familles désemparés face à une souffrance invisible.
Demander de l’aide : un acte de courage
Pour Hynnel Verley Mawele Mbembou, demander de l’aide n’est pas un signe de faiblesse, mais un acte de bravoure. « La véritable faiblesse n’est pas de parler, mais de porter seul une douleur qui dépasse nos forces », rappelle-t-il.
La santé mentale ne se préserve pas par l’endurance, mais par la parole et l’accompagnement professionnel. Consulter un psychologue n’est pas abandonner, mais choisir de vivre pleinement plutôt que de simplement survivre. Il est temps que nos communautés comprennent que la dépression n’est ni un manque de foi, ni une malédiction, mais une maladie réelle et traitable. La prévention et la vigilance sont désormais une responsabilité collective.

