Pénuries récurrentes, eau trouble au robinet, infrastructures vieillissantes : au Gabon, le secteur de l’eau cristallise les frustrations, notamment dans le Grand Libreville. Pourtant riche en ressources hydriques, le pays fait face à un paradoxe persistant, où l’accès à l’eau potable demeure inégal, sous l’effet conjugué de la croissance démographique et du sous-investissement passé. Face à la grogne des populations, les autorités et la SEEG tentent de rassurer, en annonçant un vaste plan d’investissements et des mesures d’urgence pour rétablir progressivement un service continu.
Avec une demande en eau estimée aujourd’hui entre 320 000 et 350 000 m³ par jour, la production plafonne autour de 230 000 m³. Une insuffisance qui s’explique par des installations anciennes, souvent saturées, qui fonctionnent en continu pour alimenter la capitale. « Il y a beaucoup d’eau au Gabon : il pleut, il y a des rivières, il y a des forages. Mais cette eau est brute, elle est chargée et il faut la traiter, la produire, la transporter et la distribuer afin de l’amener jusqu’aux robinets des Gabonais », indique Davy Anda Mba, directeur d’exploitation Eau à la SEEG, non sans ajouter, « tout ce processus implique des usines et des installations lourdes ».
Le diagnostic est sans appel : réseaux anciens, conduites encrassées, pertes massives d’eau, jusqu’à 60 % de la production. Résultat : des quartiers entiers en situation de stress hydrique, quand d’autres sont mieux desservis. La vétusté du réseau explique également les problèmes de qualité observés dans certains quartiers. « Le trouble de l’eau peut effectivement provenir des travaux en cours ou de la vétusté des conduites qui transportent l’eau. La veille que nous mettons en place consiste à identifier ces marqueurs afin de limiter les effets sur la santé des populations », explique Steeve Saurel Legnongo, Administrateur directeur général de la SEEG.
Pour inverser la tendance, la SEEG annonce un plan d’urgence visant à améliorer la desserte d’ici la fin de l’année. Objectif : passer d’un service intermittent à une distribution continue. Ce plan s’appuie sur plusieurs leviers : la réhabilitation des installations existantes ; la réparation et le renouvellement du réseau (300 km déjà traités sur 1 000) ; la redynamisation des équipes d’intervention, notamment la « brigade bleue » chargée des fuites ; la mobilisation de nouvelles ressources, avec la réhabilitation de 14 forages dans le Grand Libreville.
En parallèle, un programme d’investissements de grande ampleur est déployé. Environ 330 à 360 milliards de francs CFA sont mobilisés, avec la participation de l’État, de partenaires internationaux comme la Banque mondiale et d’un partenariat stratégique avec Suez. Selon l’administrateur directeur général, ces financements doivent permettre d’augmenter les capacités de production, de développer de nouvelles sources d’approvisionnement (forages, nappes souterraines) et de moderniser les réseaux de transport et de distribution.
Si certains effets commencent à se faire sentir localement, comme à Angondjé, récemment réalimenté, les autorités appellent à la patience. À l’horizon 2027, la production pourrait atteindre 280 000 m³ par jour, avec l’ambition de couvrir l’ensemble des besoins grâce à une meilleure efficacité du réseau. Sur le terrain, les usagers restent sceptiques. Beaucoup dénoncent des factures élevées malgré l’absence d’eau au robinet. En réponse, la SEEG annonce la mise en place d’un dispositif de réclamation et d’un centre d’appels accessible 24h/24.
Au-delà de Libreville, c’est l’ensemble du territoire qui est concerné. Port-Gentil, Franceville et plusieurs chefs-lieux font également l’objet de programmes spécifiques, avec des projets de stations, de forages et d’extension de réseaux. L’enjeu est de taille : garantir un accès équitable et durable à l’eau potable, dans un contexte de croissance démographique et d’urbanisation accélérée. Un défi technique, mais aussi politique, qui engage la crédibilité des réformes en cours.

