Dans une déclaration rendue publique le 27 mars 2026 par Théophane Nzame-Nze Biyoghe, porte-parole de la Présidence de la République, le lancement du projet Gabon Infini a été présenté comme une nouvelle étape majeure de la politique environnementale du pays. À travers ce mécanisme de financement structuré sur dix ans, le Gabon entend consolider son leadership en matière de protection des forêts tropicales, tout en inscrivant la préservation de ses écosystèmes dans une vision durable de développement.
Le Gabon engage une nouvelle phase de son action environnementale avec le lancement du projet Gabon Infini, présenté comme un mécanisme structurant de financement sur dix ans. Comme l’a souligné le porte-parole de la Présidence, « le Gabon franchit une étape décisive dans son ambition de souveraineté écologique ». Derrière l’annonce officielle, ce programme s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un pays qui cherche à transformer son capital naturel en levier durable de développement.
Un mécanisme innovant pour financer la conservation
Au cœur du projet, un modèle encore peu répandu en Afrique : le Project Finance for Permanence (PFP). Il s’agit d’un dispositif qui permet de sécuriser des financements sur le long terme, en échange d’engagements concrets de l’État en matière de protection de l’environnement. Dans le cas du Gabon, l’objectif est clair : mobiliser jusqu’à 200 millions de dollars sur 10 ans pour garantir la préservation des écosystèmes tout en soutenant les communautés locales.
À ce propos, Théophane Nzame-Nze Biyoghe a précisé qu’il s’agit d’« un mécanisme de financement structuré mobilisant jusqu’à 200 millions de dollars sur 10 ans au service de la protection de nos écosystèmes et du développement de nos communautés ». Ce financement repose sur un partenariat international réunissant des acteurs majeurs comme le Bezos Earth Fund, The Nature Conservancy ou encore le Fonds pour l’environnement mondial. Une combinaison de fonds publics et privés qui traduit une évolution des politiques climatiques : la conservation devient un investissement structuré, et non plus seulement une dépense.
Des objectifs ambitieux à l’horizon 2030
Le projet Gabon Infini s’inscrit dans l’objectif global dit “30×30”, qui vise à protéger 30 % des terres et des espaces naturels d’ici 2030. Concrètement, pour le Gabon, cela signifie étendre significativement les aires protégées, préserver plusieurs millions d’hectares de forêts tropicales, protéger les ressources en eau douce et renforcer la biodiversité, notamment dans le bassin du Congo.
Le porte-parole a d’ailleurs insisté sur le fait que le projet permettra « de porter les aires protégées à 30 % du territoire d’ici 2030 » et de « sanctuariser 3,9 millions d’hectares de forêts et 18 000 kilomètres de cours d’eau ». Ce programme prévoit également la création de nouvelles dynamiques économiques autour de la nature, avec le développement d’emplois verts durables au bénéfice des populations. L’ambition est donc double : protéger et développer, sans opposer environnement et croissance.
Une stratégie alignée avec les atouts du Gabon
Avec près de 89 % de couverture forestière, le Gabon occupe une place stratégique dans la régulation du climat mondial. Comme l’a rappelé Théophane Nzame-Nze Biyoghe, « le Gabon demeure l’un des rares pays au monde à absorber plus de carbone qu’il n’en émet ». Cette situation renforce la légitimité du pays dans les négociations internationales sur le climat.
Le projet Gabon Infini vient ainsi consolider une trajectoire déjà engagée depuis plusieurs années, marquée par la création de parcs nationaux, la lutte contre la déforestation, la valorisation du patrimoine forestier et le développement de mécanismes innovants de financement vert. Il s’agit moins d’un changement de cap que d’une montée en puissance de la stratégie environnementale nationale.
Ce que cela signifie sur le long terme
Au-delà des annonces, Gabon Infini introduit une logique nouvelle : celle de la valorisation économique des services écologiques. Autrement dit, les forêts gabonaises ne sont plus uniquement perçues comme un patrimoine à préserver, mais aussi comme un actif stratégique reconnu à l’échelle internationale. Le partenariat évoqué dans la déclaration présidentielle n’est d’ailleurs pas présenté comme une aide, mais comme une reconnaissance.
Sur ce point, le porte-parole a été très clair : « ce partenariat n’est pas une aide », ajoutant qu’il « reconnaît la valeur stratégique de nos forêts pour l’équilibre climatique mondial ». Cette nuance est importante, car elle traduit une volonté politique claire : sortir d’une logique d’assistance pour entrer dans une logique de partenariat fondée sur la souveraineté et la responsabilité.
Sur le plan analytique, plusieurs éléments viennent renforcer la crédibilité du projet : un financement structuré sur la durée, l’implication de partenaires internationaux de premier plan, une cohérence avec les engagements climatiques mondiaux, ainsi qu’une articulation entre protection de l’environnement et retombées socio-économiques. Le défi résidera naturellement dans la mise en œuvre, notamment en matière de transparence dans la gestion des fonds, de suivi des objectifs et d’implication effective des communautés locales.
Mais dans l’ensemble, cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts du Gabon pour se positionner comme un acteur majeur de la diplomatie climatique et de la protection des forêts tropicales. En ce sens, le projet Gabon Infini apparaît comme une démarche à la fois ambitieuse, stratégique et porteuse d’une vision de long terme pour les générations futures, confirmant, selon les mots du porte-parole, « la volonté de conjuguer souveraineté nationale, responsabilité environnementale et développement durable ».

