Depuis le 1ᵉʳ février, le monde s’habille aux couleurs du Black History Month. Ce n’est plus seulement une commémoration lointaine née aux États-Unis en 1976 sous l’impulsion du président Gerald Ford, mais un cri de ralliement qui traverse l’Atlantique pour résonner ici, chez nous, en Afrique. Dans un élan de réappropriation culturelle, ce mois de février devient le sanctuaire où l’on déterre les récits oubliés et où l’on célèbre la force d’un héritage qui refuse de s’effacer.
Honorer l’histoire des Noirs, c’est plonger dans un océan de courage. C’est convoquer les ombres protectrices de Martin Luther King ou de Rosa Parks, mais c’est aussi et surtout, pour nous, réveiller la mémoire de nos propres colosses. En Afrique du Sud, Mandela ; au Burkina, Sankara ; et sur nos terres gabonaises, les noms de nos résistants vibrent encore comme des appels à la dignité. Penser à Mavurulu Nyonda Makita, à l’indomptable Emane Ntolé, le résistant de Ndjolé, au guerrier Wandji Wongo, ou encore à Mbombet , ce chef Tsogho qui mena une guerre acharnée contre l’oppression près de Mimongo, c’est se souvenir que notre liberté a été payée au prix du sang et de la bravoure.
Ces figures n’étaient pas que des guerriers ; ils étaient les piliers de notre identité. Célébrer ce mois, c’est dire à la jeunesse que notre panthéon est immense et que notre histoire ne commence pas dans les chaînes, mais dans la grandeur de ces hommes qui n’ont jamais baissé les yeux.
Au-delà des dates, ce mois raconte une lutte de chaque instant pour le droit d’exister. C’est le combat de ceux qui ont refusé de se soumettre au mépris. Quand nos résistants se levaient dans nos forêts ou que Harriet Tubman guidait les esclaves vers la liberté, c’était le même sang qui bouillait, la même soif de voir un peuple marcher debout. Leurs vies ne sont pas des chapitres de livres poussiéreux, ce sont des boussoles. Ils nous rappellent que nous venons d’une lignée de bâtisseurs et de révoltés qui ont façonné le monde. Aujourd’hui, commémorer ce parcours, c’est soigner les cicatrices du passé pour enfin écrire notre futur avec notre propre plume.
Cette quête de fierté trouve désormais son ancrage au Gabon à travers le festival Black History Arts, qui célèbre cette année sa 6ème édition. Durant tout le mois de février, cet événement s’impose comme le poumon d’une renaissance culturelle nationale, avec pour cette édition exceptionnelle un parrain de prestige : l’immense Pierre Claver Akendengué. Porté par l’énergie de Frank Noël Makosso, plus connu sous le pseudonyme de Slam Master No, le festival transforme la scène en salle de classe pour que l’art devienne notre force économique et spirituelle.
Pour Slam Master No, l’art est l’ultime rempart contre l’oubli : « Le rôle de ce festival est précisément celui de la transmission des valeurs, de la transmission du rêve, et de l’initiation à la créativité. Dans un monde qui devient monotone, nous pensons que l’art est la lumière du monde ».
En fin de compte, le Black History Month est bien plus qu’une célébration annuelle ; c’est un miroir tendu à l’Afrique pour qu’elle se redécouvre belle et puissante. Si nous honorons nos héros, qu’ils soient d’Amérique ou du Gabon, c’est pour ne plus jamais oublier que notre identité est notre plus grande richesse. La véritable célébration n’est pas dans le souvenir des morts, mais dans l’éveil des vivants. En célébrant ce mois, nous faisons le serment que plus aucune voix noire ne sera étouffée, car tant que nous raconterons notre histoire, nous resterons invincibles.

