Ce vendredi 9 janvier 2026, le Grand Stade de Tanger sera le théâtre d’un quart de finale historique entre le Mali et le Sénégal. Plus qu’un simple match de football, cette rencontre réveille les souvenirs de la Fédération du Mali et oppose deux prétendants sérieux au trône continental. Entre ambition sportive et racines communes, l’Afrique de l’Ouest retient son souffle.
Il y a 65 ans, Maliens et Sénégalais ne formaient qu’un seul et même État. Si l’aventure politique de la Fédération du Mali a été courte (1959-1960), les liens culturels et fraternels sont restés intacts. Aujourd’hui, cette proximité rend ce quart de finale de la CAN 2025 encore plus savoureux. Sur la pelouse marocaine, les « frères ennemis » se retrouvent pour un duel où la diplomatie laissera place à une saine, mais féroce, compétition sportive.
1959-1960 : L’éphémère rêve d’un seul peuple
L’histoire moderne de ces deux pays s’écrit dès 1959. Sous l’impulsion de figures comme Modibo Keïta et Léopold Sédar Senghor, le Sénégal et le Soudan français (actuel Mali) décident de fusionner pour créer la Fédération du Mali. Pendant quelques mois, Dakar en fut la capitale politique tandis que Bamako en était le poumon économique et culturel. L’idée était de prouver au monde que l’unité africaine était possible dès l’indépendance.
Cependant, le 20 août 1960, des divergences politiques entre les leaders, l’un prônant un socialisme radical, l’autre une approche plus modérée mènent à une séparation . Le Sénégal proclame son indépendance et le Soudan français conserve le nom de « Mali » en hommage à ce rêve d’unité.
Au-delà de la politique : le sang et la langue
Si la Fédération a échoué sur le plan administratif, elle a réussi sur le plan humain. Les liens entre les deux pays remontent bien plus loin que les indépendances :
- L’Empire du Mali : Au 13e siècle, l’Empire fondé par Soundiata Keïta s’étendait de la boucle du Niger jusqu’aux côtes sénégalaises, englobant les deux territoires sous une même autorité.
- Les « Parents à plaisanterie » : Le système du Sinankouya lie de nombreuses familles maliennes et sénégalaises. Un Traoré, un Keïta ou un Diop se sentira souvent chez lui aussi bien à Bamako qu’à Dakar grâce à ces alliances ancestrales qui permettent de désamorcer les tensions par l’humour.
- La culture Mandingue : De la musique des griots aux traditions orales, le patrimoine culturel est si imbriqué qu’il est souvent difficile de dire où s’arrête l’influence de l’un et où commence celle de l’autre.
Une rencontre chargée d’émotion
Le quart de finale de ce 09 janvier est un clin d’œil du destin à ces deux nations frontalières. Le Sénégal, avec son statut de favori, et le Mali, porté par sa combativité légendaire, vont offrir à l’Afrique un spectacle où le respect historique sera aussi présent que la rivalité sportive. Plus que 90 minutes de jeu, c’est une célébration de l’identité ouest-africaine.
Alors que le coup d’envoi approche, Tanger devient le temps d’un soir la capitale de cette ancienne Fédération. Les Aigles face aux Lions : un combat de géants, mais surtout un duel entre deux frères que seule la politique a séparés, et que le football réunit à nouveau.

