Longtemps marquée par des dysfonctionnements structurels, la Fonction publique gabonaise est à nouveau au cœur de l’agenda gouvernemental. Lors du dernier Conseil des ministres, l’exécutif a acté une série de mesures fortes visant à assainir la gestion des ressources humaines de l’État, avec en ligne de mire un double objectif : mettre fin aux situations irrégulières et offrir des perspectives claires aux agents précaires.
Parmi les décisions majeures figure la mise en place d’une Commission de discipline, de coordination et de suivi au sein du ministère de la Fonction publique. Cette instance aura pour mission d’harmoniser les procédures disciplinaires, de sécuriser juridiquement les décisions et d’assurer un suivi centralisé des sanctions. Une réponse directe à des années de pratiques hétérogènes, parfois arbitraires, qui ont fragilisé la crédibilité de l’administration.
Un assainissement par les audits
Autre signal fort, l’autorisation d’audits administratifs et financiers portant sur les stages professionnels de l’année 2024 ainsi que sur les agents de la Main-d’œuvre non permanente (MONP). En clair, l’État veut savoir qui fait quoi, depuis quand, et dans quelles conditions. En attendant les conclusions de ces contrôles, toute régularisation est suspendue, une décision lourde de conséquences pour des milliers d’agents en attente de titularisation ou de contractualisation.
Ces audits visent notamment à mettre un terme au phénomène des agents dits « fantômes », inscrits dans les effectifs sans présence effective ou sans justification administrative claire, mais aussi à corriger les abus, doublons et recrutements irréguliers hérités de décennies de gestion approximative.
Régulariser, mais à quel prix ?
Conscient de la dimension sociale et politique du dossier, le gouvernement a toutefois opté pour une approche graduée. Le Conseil des ministres a ainsi approuvé le principe d’un projet global de régularisation des situations administratives, porté conjointement par le ministère de la Fonction publique et celui du Budget. Une manière d’inscrire la réforme dans un cadre budgétaire soutenable, alors que les marges financières de l’État demeurent contraintes.
Cette régularisation ne se fera pas sans dialogue. L’exécutif a annoncé une concertation avec les organisations syndicales, appelées à jouer un rôle clé dans l’acceptation sociale des réformes. Les syndicats, pour leur part, attendent des garanties notamment la transparence des critères, le calendrier clair et le traitement équitable des agents concernés.
Entre espoir et inquiétude
Sur le terrain, ces annonces suscitent des réactions contrastées. D’un côté, une partie de l’opinion y voit enfin la promesse d’une Fonction publique assainie, plus juste et plus performante. De l’autre, les agents précaires redoutent que les audits ne débouchent sur des exclusions plutôt que sur des solutions durables.
La question centrale demeure donc intacte : l’État saura-t-il concilier rigueur administrative et justice sociale ? La fin des carrières précaires et des agents fantômes passera nécessairement par des décisions courageuses, mais aussi par une capacité à réparer, sans brutalité, les erreurs du passé.
À l’épreuve des faits, la réforme de la Fonction publique pourrait bien devenir l’un des marqueurs les plus décisifs de la gouvernance actuelle. Reste à savoir si elle tiendra toutes ses promesses.

