Face à la dégradation alarmante des routes dans plusieurs quartiers du Grand Libreville, de nombreux jeunes ont décidé de ne plus attendre. Armés de marteaux, de brouettes et de pierres, ils rebouchent eux-mêmes les nids-de-poule qui abîment les véhicules, ralentissent la circulation et mettent quotidiennement en danger les usagers.
Depuis plusieurs années, les nids-de-poule se multiplient à un rythme inquiétant. Les pluies abondantes, combinées à l’absence d’entretien régulier, ont transformé certains axes en véritables chemins de croix. Les automobilistes paient le prix fort. « À force d’y passer, nous enregistrons des dommages sur les jantes, les suspensions, les amortisseurs, le parallélisme, les rotules et parfois même des crevaisons. Et ce ne sont là que les dégâts visibles », explique un conducteur, excédé.
Une jeunesse qui refuse de rester passive
Dans plusieurs arrondissements, lassés d’attendre une intervention des pouvoirs publics, des groupes de jeunes ont choisi d’agir. Sans moyens, mais avec détermination, ils tentent de sécuriser les routes en comblant les trous les plus dangereux. « On ne peut pas regarder nos routes se dégrader et laisser nos proches risquer des accidents. Si nous ne faisons rien, qui le fera ? », confie l’un d’eux, marteau à la main.
Si leurs actions ne valent pas des travaux professionnels, elles apportent un soulagement temporaire, en particulier dans les carrefours les plus accidentogènes. « Autrefois, les Travaux publics organisaient régulièrement des campagnes d’entretien. Des sociétés comme Socoba ou Colas intervenaient pour reboucher les nids-de-poule avec du bitume. Aujourd’hui, tout cela a disparu, et c’est regrettable », déplore Boris Ekang, un riverain.
Entre adhésion et critiques
Si beaucoup saluent cette initiative citoyenne, d’autres restent sceptiques. « Ce n’est pas leur métier, donc les travaux sont mal faits. Et souvent, dès qu’ils posent deux ou trois pierres, ils réclament aussitôt de l’argent », regrette un compatriote.
Les jeunes le reconnaissent : leur action est ponctuelle et ne remplace en rien des travaux sérieux. « Peut-être qu’en voyant nos efforts, les autorités feront leur part », espère l’un d’eux. Tous appellent désormais à des solutions pérennes : une réhabilitation réelle des routes, un programme d’entretien régulier et, pourquoi pas, un accompagnement des initiatives citoyennes pour mieux encadrer ces actions.
En attendant, ce sont les jeunes du quartier qui, faute de mieux, tentent de maintenir la route praticable, preuve que l’engagement citoyen se renforce quand l’inaction institutionnelle dure trop longtemps.

