L’horreur a un nom, et il est devenu banal : des enfants. La récente vidéo d’une agression sexuelle sauvage commise par un mineur sur un autre, et le motif invoqué « la faim » ont provoqué à juste titre un vent de stupeur et de colère. Mais cette colère, si elle n’est pas canalisée vers la bonne cible, n’est qu’un bruit inutile. Le véritable coupable, le voici : l’effondrement silencieux et collectif de la responsabilité parentale.
Derrière chaque protagoniste de ce drame, notamment l’agresseur et la victime, se profile une même et tragique figure absente : celle des parents. Où étaient-ils ? Où est ce père, cette mère, dont le rôle est d’encadrer, d’éduquer, de surveiller ? Comment un enfant de moins de 15 ans peut-il en arriver à commettre un acte d’une telle violence, et pire, à le filmer comme un trophée, sans que le moindre garde-fou parental n’ait fonctionné ?
Ce n’est pas seulement un acte de barbarie que cet enfant a commis; c’est le symptôme ultime d’un abandon éducatif total. La « faim » dont il parle n’est-elle pas, avant tout, une faim de cadre, d’autorité bienveillante, de présence tout simplement ? Aux parents de la victime, où étiez-vous ? Comment un enfant de moins de 10 ans, dont la sécurité physique et psychologique devrait être la priorité absolue, a-t-il pu se retrouver dans une situation d’une telle vulnérabilité ? La protection d’un enfant est un devoir sacré, un contrat moral que l’on signe en devenant parent. Ce contrat a été rompu. La défaillance est ici tout aussi criante.
Au-delà du clivage agresseur-victime, il y a une réalité plus amère : tous ces enfants sont, au fond, les victimes d’un même naufrage. Ils sont les produits cassés d’un système familial en crise. L’un exprime sa détresse par la violence, l’autre la subit dans sa chair. Ils sont les deux faces d’une même médaille : celle de l’irresponsabilité des adultes qui devaient les guider.
La question n’est plus de savoir quel enfant a tort ou raison, mais quel parent a tenu son rôle. Avons-nous, collectivement, démissionné ? Avons-nous remplacé l’éducation par la connexion internet, le dialogue par le smartphone, et la vigilance par une coupable indifférence ?
Cette affaire n’est qu’un épisode particulièrement brutal d’un phénomène plus large : la perte de repères, l’érosion de l’autorité parentale et la confusion des valeurs. L’« élite de demain » ne se construira pas sur les ruines de l’abandon d’aujourd’hui.
Il est temps de regarder la vérité en face. La jeunesse est en perdition parce que la parentalité est en crise. Avant de demander au gouvernement d’agir, commençons par nous demander, en tant que parents, en tant que familles, en tant que communauté : que faisons-nous, ou que ne faisons-nous pas, qui a conduit à ce que nos enfants se perdent à ce point ?
Le réveil doit être familial avant d’être institutionnel. C’est dans le foyer que la bataille pour l’âme de la jeunesse gabonaise se gagne ou se perd. Et aujourd’hui, les indicateurs sont au rouge vif.

