Décès suspects, séquelles irréversibles et absence de sanctions. Au Gabon, la multiplication des erreurs médicales relance le débat sur l’urgence de promulguer le Code de la santé, afin de mieux protéger les patients et d’encadrer les pratiques médicales.
Ces dernières années, les cas d’erreurs médicales ayant entraîné des décès ou de graves complications à la suite d’interventions chirurgicales semblent se multiplier. « L’erreur médicale n’est pas une spécificité gabonaise : elle existe partout dans le monde. La différence, ailleurs, c’est qu’elle est strictement encadrée par la loi », explique Aminata Ondo, présidente de l’Association contre le risque médical (ASCORIM). Selon elle, ces drames, régulièrement dénoncés par la société civile, les familles et les proches des victimes, restent le plus souvent sans suite judiciaire en raison d’un vide juridique persistant, qui empêche d’établir clairement les responsabilités. « Au Gabon, bien qu’un Code de la santé ait été voté par le Parlement, celui-ci n’a toujours pas été promulgué », a-t-elle ajouté.
Selon plusieurs observateurs du secteur sanitaire, les erreurs médicales feraient aujourd’hui plus de victimes que les accidents de la route. Certains témoignages illustrent l’ampleur du problème. « En 2015, j’ai ressenti de fortes douleurs abdominales et je me suis rendu(e) dans une structure hospitalière. On m’a alors indiqué que mon utérus avait été blessé à la suite d’un avortement brutal, et un traitement m’a été prescrit. Pourtant, les douleurs persistaient. Dans un autre établissement, on m’a finalement diagnostiqué des calculs rénaux urinaires », raconte une victime.
En 2025, l’association ASCORIM, qui œuvre contre les risques médicaux, affirme avoir recensé plus de 70 cas d’erreurs médicales dans le Grand Libreville. Un chiffre jugé préoccupant et révélateur des dysfonctionnements du système de santé.
Pour sa présidente, Aminata Ondo, la promulgation effective du Code de la santé est devenue une priorité absolue. Ce texte permettrait de mettre fin à l’impunité, de mieux encadrer l’exercice médical et d’offrir de véritables recours aux victimes. « Depuis des années, médecins, personnels de santé et patients évoluent dans un flou juridique préoccupant, sans cadre clair définissant les droits, les devoirs et les responsabilités de chacun », souligne-t-elle. Une position que partagent certains professionnels de santé, conscients de la nécessité d’un dispositif légal clair et adapté.
« Il n’existe pas de système national de notification des erreurs médicales. En cas d’incident, les praticiens concernés s’inscrivent très rarement dans un circuit formel de déclaration, de suivi et d’analyse. Cette absence de mécanisme empêche toute traçabilité et limite les possibilités de prévention », révèle le Dr. Schdrack Mpaki, médecin généraliste.
Sur les réseaux sociaux, les dénonciations se multiplient, mettant en cause des problèmes récurrents : absence de médecins de garde, erreurs de diagnostic, manque d’équipements, insuffisance de personnel qualifié et conditions de travail précaires.
À l’heure où le gouvernement exige davantage de rigueur et de reddition des comptes de la part des responsables publics, de nombreuses voix appellent à faire de la qualité des soins une priorité nationale, et non un privilège réservé à quelques-uns. La promulgation du Code de la santé apparaît ainsi comme une étape indispensable pour restaurer la confiance entre les patients et le système de santé gabonais.

