Longtemps réservées aux filles par simple habitude culturelle, les tâches ménagères s’invitent désormais dans l’éducation des garçons. Au-delà du ménage, c’est un enjeu d’autonomie et de respect mutuel qui se joue dès le plus jeune âge. En finir avec le partage des tâches selon le genre est devenu le nouveau défi des familles gabonaises.
Pour beaucoup de parents, la répartition des tâches a longtemps été une question de genre avant d’être une question d’organisation. Jean-François Obame, père de famille de 45 ans, le reconnaît avec une grande franchise : « On a tendance à demander plus souvent à notre fille d’aider. Pas volontairement, mais parce qu’on reproduit un peu ce qu’on a connu. ». Pourtant, il en est convaincu, qu’un garçon doit apprendre à se débrouiller seul, car « faire le ménage n’est pas une question de genre, c’est une question d’autonomie ».
Cette volonté de briser les schémas classiques est encore plus marquée chez Lisette Eyi, mère de trois enfants. Chez elle, pas de distinction. « Tout le monde met la table et range sa chambre ». Pour elle, l’enjeu est social : les garçons doivent comprendre que la maison est une responsabilité partagée et que ce n’est pas aux femmes de tout gérer.
L’absence d’initiation aux tâches domestiques peut devenir un véritable obstacle une fois l’âge adulte atteint. Patrick M., 24 ans, en est le parfait exemple. Choyé durant son enfance pendant que sa sœur s’activait, il a pris conscience du décalage en quittant le cocon familial. « Avec le recul, je pense que ça m’a un peu handicapé. J’ai dû apprendre sur le tas quand j’ai commencé à vivre seul », confie-t-il. Ce qui aurait dû être un automatisme est devenu un apprentissage tardif et laborieux.
L’objectif de cette éducation moderne n’est pas seulement de savoir cuisiner ou nettoyer, mais de former des adultes plus responsables. Pour Lisette Eyi, cette initiation précoce est la clé d’une vie de couple sereine : « Ça évite beaucoup de tensions plus tard ». En apprenant que la gestion du quotidien incombe à tous, les garçons d’aujourd’hui deviennent des partenaires plus équilibrés demain.
Comme le conclut Jean-François Obame, « ce qu’on apprend à l’enfant reste ». En intégrant les garçons aux responsabilités du foyer, on leur donne les outils pour être des hommes libres, capables de prendre soin d’eux-mêmes et de leur futur entourage, sans attendre que quelqu’un d’autre le fasse à leur place.

