Chaque 6 février, le monde célèbre la Journée mondiale sans téléphone mobile, une invitation à marquer une pause volontaire loin des écrans. Initiative à la fois symbolique et révélatrice, cette journée interroge notre rapport au numérique, à une époque où le téléphone portable s’est imposé comme une extension quasi permanente de l’être humain. Au Gabon, cette célébration suscite curiosité, interrogations et prises de conscience, tant sur les usages quotidiens du mobile que sur ses impacts sociaux.
Dans les rues de Libreville, l’idée de passer une journée entière sans téléphone mobile fait réagir. Pour certains, le défi paraît presque irréalisable. « Honnêtement, je ne me vois pas passer une journée sans mon téléphone. C’est avec ça que je travaille, que je communique avec ma famille, que je m’informe », confie Éric, un usager. Chez les jeunes, le téléphone reste un outil central, mais la dépendance est parfois assumée avec lucidité. « On sait qu’on est trop sur les réseaux sociaux. Même quand on n’a rien à faire, on scrolle. Une journée sans téléphone risquerait de me plonger dans un ennui total autour de moi », reconnaît Kevin, étudiant.
D’autres y voient au contraire une opportunité salutaire. « Quand je pose mon téléphone, je me rends compte que je parle plus avec mes enfants. On mange ensemble sans être distraits. Cette journée devrait être plus souvent célébrée », estime Martine, mère de famille.
Pour le sociologue Dr Alain Mavoungou, cette journée dépasse le simple symbole. Elle met en lumière une transformation profonde des rapports sociaux. « Le téléphone mobile a profondément modifié notre manière de communiquer, de travailler et même d’exister socialement. Il crée une illusion de proximité tout en fragilisant les interactions réelles », analyse-t-il. Selon ce dernier, l’hyperconnexion a aussi des effets sur la santé mentale et le vivre-ensemble. « Nous observons une baisse de la qualité des échanges, une difficulté croissante à supporter le silence et l’ennui. Cette dépendance n’est pas seulement technologique, elle est aussi sociale et psychologique ».
Pourtant, il ne s’agit pas de diaboliser le téléphone mobile, mais d’interroger ses usages. « La Journée mondiale sans téléphone mobile nous invite à rééquilibrer notre rapport à la technologie. Le problème n’est pas l’outil, mais l’absence de limites dans son utilisation », souligne Dr Alain Mavoungou.
À l’ère du tout numérique, la Journée mondiale sans téléphone mobile apparaît comme un signal d’alerte plus que comme une simple commémoration. Elle invite chacun à interroger ses habitudes, à réapprendre le goût de l’échange direct et du temps partagé sans écran interposé.
Au Gabon, où le téléphone mobile est devenu un outil central de communication, de travail et de socialisation, cette pause symbolique ouvre le débat sur la nécessité d’un usage plus conscient et plus équilibré du numérique. Se déconnecter, ne serait-ce que pour une journée, c’est peut-être redonner de la valeur à la parole, au regard et à la présence réelle, dans une société de plus en plus connectée mais parfois paradoxalement isolée.

