En marge de la célébration de la journée internationale de lutte contre la drépanocytose organisée chaque 19 juin, la Fondation Louise, qui a fait de la lutte contre cette maladie son principal cheval de bataille, a organisé du 23 au 26 juin 2023, le « Drepatour », une campagne de dépistage gratuite de la drépanocytose pour les moins de 25 ans, dans trois pharmacies du Grand Libreville à savoir : pharmacie d’Avorbam (Akanda), du Commissariat Central (Centre-ville) et de Jeanne et Leo (Owendo).
A cette occasion, le Dr Steeve Minto’o Rogombé, chef de service pédiatrie au CHUL a révélé à la Rédaction de Gabon 24 dans une interview exclusive, les avancées de la science concernant cette maladie qui touche au Gabon 1 personne sur 4, selon la Fondation Louise.
Gabon 24 : Présentez-vous.
Dr Steeve Minto’o Rogombé : je suis le Docteur Steeve Minto’o Rogombé, pédiatre passionné de soins, de la recherche et de l’enseignement sur la santé de l’enfant et enseignant-chercheur à la faculté de Médecine. Je suis également chef de service pédiatrie au Centre Hospitalier Universitaire de Libreville (CHUL).
Gabon 24 : Qu’est-ce que la drépanocytose ?
Dr Steeve Minto’o Rogombé : La drépanocytose est une maladie génétique (c’est-à-dire qu’on naît avec cela dans nos gènes). C’est une anomalie héréditaire, transmise par un ou les deux parents du sujet malade. C’est une maladie qui se caractérise par une malformation de la structure de l’hémoglobine, qui est la principale protéine du globule rouge, dont le rôle est de transporter l’oxygène des poumons vers les autres cellules de l’organisme. Dans la drépanocytose l’hémoglobine perd sa souplesse, se casse facilement, et donc détruit le globule rouge.
Gabon 24 : Quelles sont les causes de cette maladie ?
Dr Steeve Minto’o Rogombé : Il n’y a pas de cause au sens d’une action ou un organisme extérieur au corps humain qui causerait la drépanocytose. Mais, il y a des circonstances comme le patrimoine génétique des parents du sujet. Pour être drépanocytaire, il faut être né de deux parents qui eux-mêmes ont le gène de la drépanocytose. Si chaque parent transmet au même enfant lors de sa conception le gène de la drépanocytose, alors l’enfant sera drépanocytaire. Si un seul parent transmet, alors l’enfant sera juste porteur du gène.
Gabon 24 : Quels sont les symptômes de la drépanocytose ?
Dr Steeve Minto’o Rogombé : La drépanocytose se traduit de diverses manières que l’on peut répartir en trois groupes à savoir : l’anémie (« manque de sang » ou plus justement « taux de sang inférieur au taux normal ») aiguë ou chronique, une plus grande sensibilité aux infections et des crises douloureuses (causées par une mauvaise circulation sanguine).
Gabon 24 : Comment peut-on l’éviter ?
Dr Steeve Minto’o Rogombé : On ne peut pas « éviter » soi-même la drépanocytose. Mais des parents peuvent éviter d’avoir des enfants drépanocytaires en faisant un dépistage avant l’éventuelle conception d’un enfant.
Gabon 24 : Comment la drépanocytose est-elle diagnostiquée et traitée ?
Dr Steeve Minto’o Rogombé : La drépanocytose peut être diagnostiquée à toute période de la vie, pendant et après la grossesse. Avant la naissance d’un enfant, on peut réaliser un prélèvement des cellules du fœtus, et faire une lecture des gènes de l’enfant qui va naître. Après la naissance, il existe de nombreuses techniques de diagnostic réalisées de manière courante, les plus classiques sont l’électrophorèse et le HPLC
Gabon 24 : La drépanocytose est-elle toujours une maladie incurable ? Si non, quels sont les moyens dont dispose la science aujourd’hui pour en guérir ?
Dr Steeve Minto’o Rogombé : Le traitement de la drépanocytose est celui de l’anémie, des infections, de la douleur des crises vaso-occlusives et des éventuelles complications. Mais il faut surtout insister sur la prévention des complications, par un suivi régulier chez le pédiatre.
La drépanocytose est curable aujourd’hui. Comme il s’agit d’une maladie inscrite dans nos gènes, le traitement consiste donc à « effacer » le « mauvais texte » dans nos gènes, ou alors à « lire un autre texte » « apporté » par des gènes appartenant au départ à une autre personne. Les techniques le permettant sont la thérapie génique et la greffe de moelle osseuse. Il s’agit de techniques qui vont se démocratiser dans les années à venir, mais qui nécessitent encore beaucoup de précautions. Elles requiert aussi beaucoup d’engagements de notre part, praticiens des pays en développement, car « les techniques et les moyens sont au nord, et les malades sont au sud ».
In fine, je viens par la présente interview, rendre hommage à celui qui nous a intéressés à la drépanocytose : le Pr Alain Ondo, décédé le 19 juin 2023, date de la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose.

