Depuis plusieurs années, les autorités sanitaires du Gabon intensifient les campagnes de sensibilisation sur la dangerosité des produits pharmaceutiques illicites, mais de nombreux citoyens s’en procurent toujours et les marchés parallèles de médicaments continuent de prospérer. Derrière ces étals aux allures insoupçonnables se cache, une économie informelle bien organisée et qui met en péril la santé de nombreux consommateurs.
Dans les marchés de la capitale comme ceux de l’intérieur du pays, il suffit de quelques pas pour tomber sur des stands improvisés où s’entassent comprimés, sirops et pommades aux emballages et noms souvent douteux. Ces produits, vendus à la sauvette, échappent à tout contrôle pharmaceutique. Pourtant, ils séduisent encore une large partie de la population.
Le succès de ce commerce illégal s’explique avant tout par son accessibilité. Les médicaments proposés y sont bien moins chers que dans les pharmacies agréées et disponibles sans ordonnances. « Ici, les antibiotiques sont à 1 000 francs CFA, alors qu’en pharmacie, c’est trois fois, voire quatre plus cher et il vous faudra une ordonnance médicale », a révélé Sandra, une cliente rencontrée au marché de Mont-Bouët.
Mais derrière ces économies apparentes se cachent de graves dangers : absence de traçabilité, mauvaises conditions de conservation, contrefaçons, voire produits périmés. La chaîne du froid, essentielle pour de nombreux médicaments, est rarement respectée. Orchestrant des risques accrus d’intoxication et d’inefficacité thérapeutique ou même pire.
Les autorités multiplient les opérations de contrôle, appuyée par les forces de l’ordre, saisit régulièrement des cargaisons illégales qui sont détruites. Pourtant, le phénomène persiste. Les vendeurs, souvent bien informés des horaires de patrouille, se déplacent ou dissimulent leurs stocks. « Les raisons principales qui poussent les consommateurs à se tourner vers ces produits sont : le coût élevé des médicaments, la difficulté d’accès aux structures officielles, la méconnaissance des risques et la confiance envers les vendeurs informels », a déclaré Francky Thiburse Mapenda, Sociologue et conseiller d’orientation-psychologue
Les autorités sanitaires tentent de sensibiliser le public aux dangers de ces produits. Mais dans les zones rurales ou les quartiers défavorisés, le message peine à passer. « Nous ici, les dépôts pharmaceutiques sont souvent à court de médicaments et quand ils en ont, c’est toujours cher, je préfère me rabattre chez les vendeurs de médicaments », a affirmé Orlane Sango. L’absence de pharmacies dans certaines localités pousse encore les habitants vers le marché informel.
Très souvent, la précarité économique, le manque d’accès aux soins et la faiblesse du contrôle pharmaceutique contribue grandement à la prolifération illicite des produits pharmaceutiques et constituent un problème très inquiétant. Toutefois, tant que la population n’aura pas accès à des soins à la portée de toutes les bourses et surtout de proximité, cette pratique, bien qu’illégale, aura toujours de beaux jours sur le territoire gabonais.

