Depuis la prise de pouvoir du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) le 30 août 2023, plusieurs artistes gabonais sont victimes de boycott par une tranche de la population qui leur reproche leur proximité avec le pouvoir déchu. Pour exprimer leur indignation face à la prise de position de ces artistes, malgré les aspirations des populations en faveur du changement et de l’alternance, plusieurs d’entre eux ont fait l’objet de signalement sur les réseaux sociaux.
Parmi les artistes les plus visés, on retrouve Creol, Delpega, Eboloko, Fetty Ndoss, E.J et L’Oiseau rare, pour ne citer que ceux-ci. Ces derniers ont été critiqués pour avoir soutenu le régime d’Ali Bongo Ondimba à coup de concerts et de clips musicaux dont l’un d’eux est devenu « l’hymne de la campagne » du président sortant. Face à cela, les internautes, comme un seul homme, ont entrepris de boycotter ces artistes en se désabonnant et en signalant massivement leurs réseaux sociaux.
Face à la colère du peuple, certains artistes ont tenté de se racheter. C’est le cas de E.J qui a demandé « pardon aux populations » dans un Live diffusé sur son compte TikTok, tandis que le rappeur Fetty Ndoss a publié un clip dans lequel il implore la clémence des Gabonais et justifie son choix. « Il n’y a pas de concert sans public, on vous a buy (acheter) pour assister aux meetings, nous, on nous a buy (acheter) pour venir vous ambiancer, car notre travail c’est faire de la musique (…) C’est comme si tu demandais à un maçon de ne pas travailler parce que vous n’aimez pas le concerner, mais comment il fera pour payer son loyer ? Sans rien faire, on n’est pas payé », tance-t-il dans son freestyle.
Pour l’heure, ces excuses n’ont pas suffit à convaincre les Gabonais, qui estiment que ces artistes ont trahi leurs valeurs. « Les artistes sont des acteurs importants de la société », a déclaré un internaute. « Ils ont un rôle à jouer dans la promotion des valeurs démocratiques et peuvent dénoncer à travers leur texte les injustices, les réalités sociales, politiques et culturelles de leur époque. En soutenant un régime autoritaire, ils ont manqué à leur devoir et doivent en assumer les conséquences », conclut-il.
Pour les Gabonais, en tant qu’acteurs importants de la société, ces artistes auraient pu utiliser leur influence pour dénoncer, éduquer et sensibiliser plutôt que de soutenir un régime qu’ils jugent « cynique ».
Au regard de ce qui précède, il est encore trop tôt pour dire si ces mots d’excuse trouveront écho auprès de l’opinion publique. Ces acteurs culturels devront donc s’armer de patience et espérer que la colère des populations s’estompe au fil du temps. En fin de compte, ce sera au peuple souverain de décider de leur retour sur la scène médiatique.

