Le Gabon abrite l’une des plus grandes populations d’éléphants au monde. Estimés à 95 000 individus, ces pachydermes sèment le trouble chez les populations des zones rurales en détruisant leurs champs et causant parfois des pertes humaines. Le projet Conflit homme-faune, méthodes dissuasives innovantes et approche SAFE à Waka, Gabon financé par le programme RESSAC du CIFOR-ICRAF a alors été initié pour trouver des solutions innovantes.
C’est dans cette optique qu’une mission d’expertise a eu lieu du 26 février au 1ᵉʳ mars 2024 à la périphérie du parc national de Waka, sur le site de Louga, dans le sud du Gabon. Dénommé RESSAC-Waka, ce projet expérimental est soutenu par le Centre de recherche forestière internationale et le Centre international pour la recherche en agroforesterie (CIFOR-ICRAF) et financé par l’Union européenne (UE). Il vise à identifier les facteurs favorables qui permettront de développer une stratégie innovante de gestion du conflit homme faune et qui soit conforme à l’approche « SAFE ». Cette approche se concentre sur cinq aspects stratégiques et vitaux : la sécurité des personnes, la sécurité des actifs, la sécurité de la faune, la sécurité de l’habitat et une surveillance efficace.
Selon les chercheurs de l’Institut de Recherches Agronomiques et Forestières (IRAF), les causes principales de ce conflit incluent l’occupation des territoires par les activités humaines, notamment par l’exploitation forestière, le déséquilibre écologique dû au changement climatique et le braconnage. Cependant, ces causes sont sujettes à débat. « À ce jour, il n’est pas prouvé que l’exploitation forestière pousse les éléphants à migrer vers les zones habitées. Au contraire, il a été démontré que des pratiques forestières gérées de manière durable peuvent favoriser la préservation de la faune », a déclaré le Dr Steeve Ngama post doctorant du Projet, chercheur à l’Institut de recherche en agronomie forestière (IRAF) au Centre national de la recherche scientifique et technologique (CENAREST).
L’Agence nationale des parcs nationaux (ANPN), via son antenne de Fougamou, contribue au projet de façons diverses, notamment dans le choix du site. Guy Ghislain Ibinga Sana, conservateur du parc national de Waka, considère le projet RESSAC-Waka comme une solution potentielle au conflit homme-faune, soulignant l’importance d’identifier les méthodes de répulsion les plus efficaces. « RESSAC-Waka est une des solutions au conflit homme-faune […] il est essentiel de pouvoir identifier les techniques de répulsion et voir qu’elle est celle qui sera la plus efficace pour aider les décideurs dans la prise de décision », a-t-il indiqué.
Le projet RESSAC-Waka, repose sur des expériences en situation réelle prenant en compte les besoins des populations rurales. Il met en test sur 25 parcelles différentes : répulsifs (disperseurs de piment, méthodes au flash, ruches d’abeilles, ultrasons imitant la présence humaine, etc.), surveillés par des caméras. Il vise aussi à élaborer une stratégie globale de gestion du conflit.
Porté par l’Université de Liège avec le soutien du CIFOR-ICRAF, RESSAC-Waka ambitionne également de contribuer à la conservation des grands mammifères et à l’amélioration de la sécurité alimentaire et du bien-être des communautés locales. Sélectionné parmi plusieurs projets à la suite d’une- évaluation -par un panel d’experts, il a alors été retenu pour son originalité et sa qualité scientifique. Dr Richard Sufo, chercheur en aménagement forestier et changement climatique, souligne l’importance du financement de l’Union européenne (UE), qui soutient la recherche en Afrique centrale. « Le projet de Waka a émergé comme un projet phare […] Le CIFOR-ICRAF a reçu ce financement de l’UE pour soutenir la recherche en Afrique centrale, offrir un appui technique et scientifique aux jeunes chercheurs pour la mise en œuvre de plusieurs projets », a-t-il indiqué.
Au-delà de la publication des résultats des travaux de recherche, RESSAC-Waka vise aussi à renforcer les capacités des chercheurs et étudiants de la sous-région. « Nous souhaitons que la sous-région Afrique Centrale publie davantage les connaissances qui existent pour que la gestion de ces écosystèmes soit mieux maîtrisée », explique le Dr Abdon Awono, chercheur en chaînes de valeurs et politique forestière.
Le conflit homme-éléphant n’est pas propre au Gabon. Il touche l’ensemble de la sous-région d’Afrique centrale, bien que certaines régions soient moins impactées que d’autres. Les résultats du projet RESSAC-Waka seront donc partagés avec les producteurs locaux, sur les plateformes scientifiques et avec les décideurs politiques, dans l’objectif de trouver des solutions communes à ce fléau.
Marie Pascale Mouyissi