Annoncée comme l’un des instruments structurants de la politique de lutte contre la vie chère, la Centrale d’achat du Gabon (CEAG) s’apprête à franchir un cap décisif. Après plusieurs mois de mise en place, la structure devrait entrer en activité effective à partir d’avril 2026, avec le lancement de ses premières commandes de produits essentiels.
Constituée sous la forme d’une société d’économie mixte, la CEAG associe l’État gabonais, actionnaire à hauteur de 37 %, et des opérateurs nationaux du secteur de la distribution, qui en détiennent la majorité du capital. Ce partenariat public-privé vise à mutualiser les capacités d’importation et à rationaliser les circuits d’approvisionnement afin de peser sur les coûts à l’entrée du marché.
L’état d’avancement du projet a été examiné le 12 janvier 2026 à Libreville, lors d’une séance de travail présidée par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault. Autour de la table figuraient plusieurs membres de l’exécutif en charge des portefeuilles stratégiques, notamment les finances, le budget, le commerce, les transports, le travail et la planification, ainsi que des responsables techniques impliqués dans le dispositif. L’objectif affiché : lever les derniers obstacles administratifs et opérationnels pour respecter le calendrier de mise en service.
Selon la direction générale de la CEAG, les formalités finales sont en voie d’achèvement. Le chronogramme des opérations, incluant l’identification des fournisseurs internationaux et l’organisation logistique, devrait être arrêté dans les prochaines semaines. Les premières cargaisons sont ainsi attendues à la fin du premier trimestre ou au début du mois d’avril 2026, marquant le démarrage concret des activités de la centrale.
Pour les autorités, la CEAG dépasse la simple fonction d’importateur. Le vice-président du gouvernement a rappelé que cette initiative s’inscrit dans une vision plus large visant à contenir durablement la flambée des prix, tout en renforçant la souveraineté économique du pays. Le projet est également présenté comme un vecteur potentiel de création d’emplois, notamment dans les domaines du transport, de la logistique, de l’entreposage et de la manutention.
En centralisant les achats et en réduisant le nombre d’intermédiaires, la CEAG ambitionne de diminuer les coûts d’approvisionnement et d’améliorer la disponibilité des produits de première nécessité sur le marché national. Une approche structurelle qui tranche avec les mesures ponctuelles souvent mises en œuvre pour atténuer la vie chère.
Si la mise en service annoncée de la Centrale d’achat suscite de fortes attentes, son efficacité réelle dépendra de plusieurs facteurs déterminants. La capacité de la CEAG à négocier des prix compétitifs à l’international, à maîtriser les coûts logistiques et à assurer une distribution transparente sur l’ensemble du territoire sera décisive. Par ailleurs, l’impact sur les prix à la consommation ne sera perceptible que si les gains réalisés en amont sont effectivement répercutés sur le marché, ce qui suppose un mécanisme de contrôle rigoureux.
À moyen terme, la CEAG pourrait constituer un outil pertinent de régulation, à condition de s’inscrire dans une stratégie plus globale incluant le soutien à la production locale et la réforme des circuits de distribution. Sans ces garde-fous, le risque demeure que la centrale d’achat reste un instrument aux effets limités face à une problématique de la vie chère profondément enracinée dans les structures économiques du pays.

