Depuis plusieurs années, un phénomène préoccupant prend de l’ampleur au Gabon. Des individus ayant commis des actes criminels dans le Grand Libreville trouvent refuge dans les villes et villages de l’intérieur du pays afin d’échapper à la justice. Cette dynamique contribue à une montée sensible du grand banditisme dans des localités autrefois réputées pour leur calme.
L’insécurité, longtemps perçue comme un problème essentiellement urbain, gagne désormais l’arrière-pays. Un schéma devenu récurrent, inquiète de plus en plus les populations locales : après avoir commis des forfaits à Libreville et dans ses environs, certains compatriotes se replient vers l’intérieur du pays pour éviter d’avoir à répondre de leurs actes.
« Le grand banditisme a fortement augmenté dans la ville d’Oyem. Lorsqu’un malfaiteur est interpellé et auditionné par les forces de l’ordre, il apparaît que la majorité d’entre eux viennent de Libreville », témoigne Flora Ondo, habitante d’Oyem.
Dans ces zones où tout le monde se connaît et où la vie communautaire repose encore largement sur la confiance, il est parfois plus facile pour ces individus de se fondre dans la population. « Ici, tout le monde se connaît. Dès qu’une personne est impliquée dans un acte répréhensible, on sait rapidement de qui il s’agit, et il s’agit très souvent de personnes venues de la ville », confie Patrick, ressortissant de Booué. Jadis, ces localités permettaient à leurs habitants de circuler librement, même tard dans la nuit, sans crainte particulière.
Mais cette tranquillité est aujourd’hui mise à rude épreuve. Aidés, et parfois protégés, par des membres de leurs familles, de nombreux criminels s’installent durablement dans les villes et villages de l’intérieur du pays. « Leurs parents sont souvent à l’origine de leur venue ici et, lorsqu’ils sont interpellés, ils interviennent pour les faire sortir des commissariats », renchérit Flora Ondo. Leur présence n’est pas sans conséquences : vols, agressions, menaces et autres actes de violence se multiplient, instaurant un climat de peur au sein des communautés locales.
Les populations autochtones, souvent démunies face à cette nouvelle réalité, ne savent plus à quel saint se vouer. « À Franceville, on observe de nouveaux visages, parfois mêlés à des rixes, et qui, pour la plupart, viennent de Libreville », explique Marina, habitante de la ville. Le sentiment de sécurité s’effrite, remplacé par la méfiance et l’angoisse du lendemain.
Pour beaucoup, l’intérieur du pays, autrefois synonyme de paix et de solidarité, devient progressivement un terrain propice à l’essor du grand banditisme. « Mon neveu a été mêlé à des affaires de vol à Libreville, et ma sœur l’a envoyé au village pour échapper à la justice », confie Christophe, habitant de Ndjolé.
Cette situation met en lumière l’urgence de renforcer la coopération entre les forces de sécurité, d’améliorer la coordination des enquêtes et la circulation de l’information entre les services compétents. À défaut d’une action rigoureuse et concertée, l’intérieur du pays risque de continuer à servir de refuge aux fugitifs, au détriment de la paix sociale et de la tranquillité des populations.

