Abolie depuis 2010, la peine capitale revient aujourd’hui dans le débat public au Gabon, sur fond de montée du sentiment d’insécurité. Entre appels à une réponse pénale plus ferme, prudences juridiques et analyses sociologiques, la question divise : le rétablissement de la peine de mort ferait-il réellement baisser la criminalité ?
Le Gabon a officiellement supprimé la peine de mort le 15 février 2010, par la loi n°003/2010, à la suite d’une décision gouvernementale prise en septembre 2007. À l’époque, cette abolition avait été perçue comme un pas important vers la consolidation de l’État de droit et l’affirmation d’un cadre institutionnel davantage arrimé aux principes contemporains de protection des droits fondamentaux.
Un débat relancé par une prise de parole institutionnelle
La question a été remise au premier plan à la faveur du discours prononcé par le président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, lors de la cérémonie de présentation de vœux au président de la République. Cette intervention a ravivé un sujet sensible, longtemps cantonné à l’arrière-plan, mais jamais totalement éteint : faut-il réintroduire la peine de mort pour répondre à l’insécurité grandissante ?
Sur le terrain, les réactions traduisent une lassitude sociale et une exigence de réponses immédiates. Monique, riveraine, estime que la situation actuelle justifie une sanction exemplaire. « Avec tout ce que nous vivons comme insécurité, je crois que c’est bien normal que la peine de mort revienne. Si on ne sévit pas, ça ne va pas cesser », affirme-t-elle.
Même son de cloche chez Elvis Ngoma, chauffeur de taxi, qui relie directement la violence ambiante à la nécessité de durcir l’arsenal répressif. « Parce que y a trop de banditisme… regarde un peu les crimes qui se passent n’importe comment, les enlèvements », déplore-t-il.
Les sociologues appellent à traiter la racine du mal
Au-delà de l’émotion et de la demande de sanction, certains observateurs invitent à déplacer le centre du débat. Pour eux, la criminalité ne se résume pas au niveau de la peine encourue ; elle renvoie d’abord à des fragilités plus profondes du dispositif de sécurité et de la chaîne pénale.
Le sociologue Cyr Pavlove Moussavou juge compréhensible l’adhésion de certains citoyens à l’idée d’une réhabilitation de la peine capitale, tout en rappelant que les violences observées s’inscrivent dans un contexte institutionnel plus large. « Il est tout à fait normal que certains compatriotes puissent être favorables à la réhabilitation de la peine de mort en République gabonaise, mais nous devons garder à l’esprit que le phénomène des violences, des crimes, de meurtres ou encore la criminalité (…) est d’abord et avant tout la conséquence d’une faille profonde ou d’une faillite profonde de notre système sécuritaire », souligne-t-il.
Dans cette logique, la peine de mort pourrait répondre à une aspiration immédiate à la justice, sans pour autant garantir, à elle seule, une baisse durable de la criminalité si les problèmes structurels prévention, efficacité des enquêtes, présence policière, lutte contre la récidive, rapidité des procédures et exécution des décisions judiciaires demeurent inchangés.
Des réserves déjà formulées au sein des institutions
Le sujet suscite aussi des inquiétudes dans certains cercles. Ancien ministre des Droits de l’Homme entre 2014 et 2015, Alexandre Tapoyo avait, à l’époque, officiellement interpellé le chef de l’État sur les risques qu’une telle orientation pourrait faire peser sur le pays, tant sur le plan des principes que de l’image internationale du Gabon.
En réaction au discours du président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, le président Brice Clotaire Oligui Nguema n’a pas fermé la porte à l’hypothèse d’un rétablissement de la peine de mort, abolie depuis 2010. Le chef de l’État a toutefois insisté sur un point : la décision, si elle devait être envisagée, relèverait en dernier ressort de la volonté populaire, d’où il tient sa légitimité.

