Dans le grand Libreville, les coupures d’électricité répétitives ne sont plus seulement un désagrément technique. Pour de nombreux habitants, elles ont des conséquences directes sur la vie quotidienne, la sécurité et l’économie locale. Alors que certaines familles s’adaptent en modifiant leur mode de vie, d’autres se retrouvent exposées à des risques sécuritaires majeurs.
Face à ces délestages récurrents, les ménages gabonais ont développé des stratégies pour continuer à vivre et travailler malgré l’absence d’électricité. Dans de nombreux foyers, la gestion de l’eau et de l’énergie est devenue une priorité. « Quand on sait que l’électricité peut tomber à tout moment, on fait des réserves d’eau et on recharge les lampes solaires », confie Aline Ndong, mère de famille. Lampes LED rechargeables, batteries portables et lampes solaires sont désormais des indispensables du quotidien.
Les commerces et petites entreprises ne sont pas en reste. Pour certains, l’achat d’un générateur est devenu indispensable. « Mon petit commerce ne peut pas s’arrêter, même pendant une coupure. Le générateur nous permet de continuer à servir nos clients », explique Moussa, propriétaire d’une boutique d’alimentation. Mais ces solutions impliquent un coût supplémentaire pour le carburant et l’entretien, qui pèse sur les budgets déjà limités des familles et petites structures.
En parallèle, beaucoup d’habitants ont adapté leurs rythmes de vie aux horaires où l’électricité est disponible : cuisson, lessive et activités ménagères sont planifiées autour des moments où le courant est présent, tandis que la consommation des appareils électriques est optimisée pour éviter les pertes.
Mais derrière ces adaptations, se cache une réalité beaucoup plus inquiétante. Dans plusieurs quartiers de Libreville, les coupures d’électricité créent un terrain propice à l’insécurité. « Les habitants souffrent énormément. Vous imaginez la nuit : on rentre dans le noir, il y a tous ces petits qui braquent les gens au quotidien. Ils profitent de ces moments de coupure pour casser des maisons et voler le matériel », confie Nadège Ndombi, une habitante du quartier cité Mebiame.
Même récit pour Alain lui, habitant au quartier Lalala « Chaque fois qu’il n’y a pas d’électricité, je fais attention à chaque pas. La dernière fois, alors que je rentrais du travail, des hommes ont braqué mon voisin devant moi. Ils ont tout pris et sont partis dans le noir ». Ces témoignages révèlent l’angoisse constante qui accompagne les périodes d’obscurité : sommeil perturbé, vigilance permanente et peur pour les biens et la sécurité des proches. Les citoyens appellent à une intervention plus systématique des forces de l’ordre pendant les coupures pour limiter les risques et restaurer la confiance.
Entre adaptation quotidienne et peur constante, les habitants de Libreville vivent désormais dans une dualité permanente : ils s’organisent pour continuer à vivre malgré le noir, mais chaque coupure rappelle la fragilité de leur sécurité. Si les solutions temporaires existent, seule une action rapide et durable sur le réseau électrique, associée à une vigilance renforcée, pourra redonner aux Gabonais la sérénité et la confiance qu’ils méritent.

