Longtemps avant les grandes révolutions d’indépendance du XIXe siècle, un homme s’est dressé contre l’oppression coloniale au Mexique, Gaspar Yanga. Ce prince originaire des terres gabonaises mena l’une des rébellions d’esclaves les plus marquantes de l’histoire, jusqu’à fonder la première ville libre du continent américain.
Né vers 1545, Gaspar Yanga, ou encore appelé Nyanga, serait issu d’une lignée royale de l’ethnie Punu, dans une région correspondant aujourd’hui aux provinces de la Nyanga et de la Ngounié. Capturé puis vendu comme esclave au XVIe siècle, il est déporté vers la Nouvelle-Espagne, l’actuel Mexique. Affecté aux plantations de canne à sucre de Veracruz, il refuse la servitude. En 1570, il s’évade avec plusieurs compagnons et entame une résistance qui durera plus de trente ans.
Réfugié dans les zones montagneuses proches du Citlaltépetl, Yanga organise une colonie de marrons, ces esclaves fugitifs ayant choisi la liberté. Fin stratège, il établit un camp difficile d’accès et presque imprenable. Pour survivre, ses hommes attaquent les convois espagnols circulant entre Veracruz et Mexico. Sous son autorité, ils se renforcent, s’arment et adoptent des techniques de combat locales, mettant en échec l’administration coloniale pendant plusieurs décennies.
Face à cette menace croissante, les autorités espagnoles lancent en 1609 une expédition de grande ampleur mobilisant près de 600 soldats. Malgré son âge avancé, Yanga reste le chef de la résistance et confie la conduite militaire à Francisco de Matosa. Les affrontements sont violents et coûteux pour les deux camps. Incapables de venir totalement à bout des insurgés, les Espagnols finissent par ouvrir des négociations.
Yanga obtient alors un accord historique : l’autonomie de sa communauté en échange de la paix et d’un appui en cas de danger extérieur. Le village, d’abord nommé San Lorenzo de los Negros, deviendra plus tard la ville de Yanga, dans l’État de Veracruz. Il est considéré comme l’un des premiers territoires libres fondés par d’anciens esclaves dans les Amériques.
Aujourd’hui encore, Gaspar Yanga est honoré au Mexique comme un symbole de résistance et de liberté. Une statue érigée dans la ville qui porte son nom rappelle le destin exceptionnel de cet homme qui transforma l’exil, la violence et l’asservissement en un combat victorieux pour la dignité humaine.

