Censés nous rapprocher, les groupes WhatsApp familiaux sont devenus, pour beaucoup, un véritable fardeau numérique. Entre règlements de comptes publics et hypocrisie de façade, ces espaces censés célébrer les liens du sang se transforment trop souvent en zones de turbulence. Derrière l’écran, la solidarité s’efface devant les rancunes, poussant certains à choisir le silence ou le départ pour préserver leur paix.
Pour certains, ces groupes ne sont que le prolongement numérique de tensions non résolues. Un témoignage anonyme illustre cette cassure : « Ces groupes sont généralement remplis d’oncles et de tantes hypocrites. Il n’y règne que la discorde ». L’écran devient alors le lieu où l’on déverse le venin accumulé en silence. C’est le cas d’une tante qui, après deux ans de rancune silencieuse, a choisi le groupe familial pour s’attaquer publiquement à sa propre sœur. Une « libération » qui laisse des traces indélébiles.
La famille « à cotisation »
Au-delà des querelles, c’est aussi le sentiment d’être instrumentalisé qui blesse. Pour Ekomie Ella Lyne, la fonction du groupe est devenue purement transactionnelle : « Généralement, ils n’écrivent là-bas que pour demander les cotisations ». On ne prend plus de nouvelles par plaisir, on n’échange plus pour le lien ; on se manifeste seulement lorsque le portefeuille doit s’ouvrir. La famille devient alors une liste de contributeurs plutôt qu’un cercle de soutien.
Le choix de la paix : le départ
Face à cette atmosphère pesante, certains choisissent la rupture pour sauver leur sérénité. Une autre voix anonyme confie que sa mère a pris la décision radicale de retirer ses enfants de ces échanges : « C’est une bonne idée. Il est bon de rester loin de certaines personnes, même si elles font partie de notre famille ». Partir du groupe, ce n’est pas renier son sang, c’est refuser d’être le témoin passif de disputes stériles et protéger son équilibre mental.
L’exception africaine ?
Le constat de Glenn M. est peut-être le plus dur, mais le plus partagé : « Les groupes de famille sont juste là pour la forme. En vrai, il n’y a pas vraiment d’amour, certains se détestent pour des futilités ». Il nuance toutefois, en espérant que des familles conviviales existent, tout en soulignant avec une pointe de regret que, sous nos latitudes, cette sincérité semble devenir une rareté.
WhatsApp n’a pas créé ces tensions ; il n’a fait que leur offrir un ring de boxe. Entre le fait d’appartenir à une famille et celui de vivre en paix, la frontière est mince. Parfois, le plus grand acte d’amour envers soi-même est de savoir mettre le groupe « en sourdine », voire de le quitter, pour retrouver le vrai sens de la famille, loin des faux-semblants numériques.

