Le Gabon enregistre un léger recul dans l’édition 2026 du classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF). Le pays perd deux places, passant du 41ᵉ rang en 2025 au 43ᵉ cette année. Malgré cette baisse, il demeure parmi les États africains les mieux classés.
Dans son rapport annuel, largement utilisé comme référence en matière d’analyse des médias, RSF souligne que des progrès ont été observés depuis août 2023. Toutefois, l’organisation estime que l’instauration d’une presse pleinement libre et indépendante reste encore incomplète.
RSF met en avant plusieurs obstacles persistants. La culture d’indépendance journalistique peine à s’ancrer durablement, y compris dans l’espace numérique. Le paysage audiovisuel reste dominé par les médias publics, souvent perçus comme partisans, tandis que les journalistes indépendants rencontrent des difficultés d’accès aux événements officiels.
Le rapport pointe également des pratiques jugées préoccupantes. Des professionnels des médias continuent d’être soumis à des pressions, notamment à travers des convocations par les services de sécurité. Cette situation persiste malgré l’existence du Code de la communication de 2016, qui a pourtant supprimé les sanctions pénales pour les délits de presse. Certains journalistes sont encore entendus sur la base du Code pénal, relève l’ONG.
Sur le plan régional, le Gabon conserve sa position de leader en Afrique centrale en matière de conditions d’exercice du journalisme, devant le Congo-Brazzaville, la République centraficaine, le Tchad, la Républiue démocratique du Congo, le Cameroun, pour ne citer que ceux-là. À l’échelle continentale, l’Afrique du Sud et la Namibie figurent en tête, occupant respectivement les 21ᵉ et 23ᵉ places mondiales, devant la France classée 25ᵉ.
Le fonctionnement de la Haute autorité de la communication (HAC) est également mis en cause. RSF rappelle qu’une loi promulguée le 3 juillet 2023 a modifié le mode de désignation de ses membres, désormais entièrement nommés par le pouvoir exécutif. Cette réforme selon l’ONG, suscite des inquiétudes quant à l’indépendance de l’institution, d’autant plus que les journalistes ne participent plus à la nomination de leurs représentants.
L’organisation critique en outre l’usage de certaines dispositions légales, notamment l’article 55 de la loi organique encadrant la HAC, qui permettrait à son président de sanctionner un média sans délibération collégiale. Le processus d’adoption de ces modifications est par ailleurs jugé peu transparent.
Malgré ces insuffisances, les évolutions observées ces dernières années laissent entrevoir des perspectives encourageantes pour le secteur des médias au Gabon. Les progrès enregistrés, bien que fragiles, témoignent d’une dynamique qui pourrait s’inscrire dans la durée si les réformes engagées se poursuivent et s’accompagnent d’une volonté affirmée de renforcer les garanties d’indépendance.
Dans un contexte en mutation, le maintien du pays parmi les mieux classés du continent et sa position de leader en Afrique centrale constituent des signaux positifs. Autant d’indicateurs qui suggèrent que, malgré les défis persistants, les bases d’une presse plus libre et plus professionnelle sont en train de se consolider.

