Alors que l’élection du nouveau Bureau du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) est fixée au 9 mai prochain, la publication des critères d’éligibilité soulève une vague d’indignation. Entre accusations d’exclusion de la jeunesse et soupçons de manœuvres antidémocratiques, l’institution traverse une zone de fortes turbulences.
Le communiqué N° 0068/2026/CNOM, daté du 15 avril 2026, devait être une simple formalité administrative. Il est devenu l’étincelle d’une fronde qui couve dans les couloirs des structures sanitaires du pays. Si le renouvellement du Bureau est attendu depuis des années, le bureau sortant affichant une longévité record de plus de 20 ans, les modalités choisies pour ce scrutin passent mal auprès d’une grande partie de la corporation.
Le verrou de l’âge : une « clause d’exclusion » ?
C’est le point qui cristallise toutes les colères : pour briguer la présidence ou la vice-présidence, un candidat doit désormais avoir 45 ans révolus et justifier de 15 ans d’inscription au Tableau de l’Ordre. Pour les autres postes, la barre est fixée à 40 ans.
Pour de nombreux praticiens, ces critères sont perçus comme une stratégie délibérée pour écarter une nouvelle génération de médecins, pourtant majoritaire sur le terrain. « On sent une volonté manifeste d’éliminer la jeunesse d’un problème qui la concerne au premier chef », s’indigne un médecin sous couvert d’anonymat. « À l’heure où le pays appelle au changement et au renouveau des institutions, voir apparaître des critères d’âge restrictifs qui n’existaient pas sous cette forme est une régression incompréhensible. »
Un manque de transparence dénoncé
Pourtant, une Assemblée Générale Extraordinaire s’était tenue deux mois auparavant pour baliser le chemin vers les urnes. À l’époque, un consensus semblait s’être dégagé sur l’application de la loi 34/75 du 18 juin 1975, qui régit l’Ordre. Mais entre les résolutions de janvier et le communiqué d’avril, le fossé s’est creusé.
Certains membres dénoncent un « rétropédalage » du bureau sortant. « Lors de l’AG, ces sujets de restriction d’âge n’ont pas été discutés en ces termes alors que tout le monde était d’accord sur le principe d’une élection ouverte », confie une source proche du dossier. Selon plusieurs témoignages, ces critères additionnels seraient « la décision d’un groupuscule » prise en dehors du cadre paritaire, créant de fait des fractures profondes au sein du corps médical.
L’ombre d’un passage de témoin verrouillé
L’enjeu de ce scrutin est de taille : il s’agit de redéfinir la déontologie médicale et de moderniser une institution jugée par beaucoup comme « léthargique ». Le fait que le Bureau sortant soit resté en place pendant deux décennies pèse lourd dans le débat. « Il y a lieu de penser que les critères d’éligibilité actuels ne sont pas bons et qu’il y a de réels problèmes de transparence », résume un observateur averti.
La crainte majeure est de voir l’élection du 9 mai se transformer en un simple simulacre de démocratie, où seuls les « anciens » pré-approuvés pourraient siéger, excluant ainsi les forces vives du secteur.
Vers une contestation électorale ?
Alors que les dépôts de candidatures débutent ce samedi 19 avril, le climat de défiance pourrait entacher la légitimité du futur bureau. Si les opposants à ces mesures ne sont pas entendus, des recours pourraient être envisagés pour non-conformité avec l’esprit de la loi 34/75 ou pour vice de forme par rapport aux décisions actées lors de l’Assemblée Générale de janvier.
À Libreville, l’Ordre des Médecins joue sa crédibilité. Entre le besoin de stabilité et l’exigence de renouvellement, la ligne de crête est étroite. Une chose est sûre : le « démon » de la division s’est invité dans la campagne, et le silence des murs du CNOM ne suffira plus à apaiser les tensions.


