Face aux difficultés d’accès à l’eau potable dans plusieurs quartiers et localités du pays, de nombreux jeunes transforment une contrainte quotidienne en véritable opportunité économique. Entre débrouillardise et sens du service, la rareté de l’eau suscite chez eux l’envie de générer des revenus en développant une activité parallèle, à la fois utile et vitale pour les populations.
Dans de nombreuses zones, urbaines comme rurales, obtenir de l’eau potable relève désormais du parcours du combattant. Robinets à sec, coupures répétées, longues files d’attente aux pompes publiques : la pénurie d’eau bouleverse les habitudes et fragilise le quotidien des ménages. Face à cette situation, certains jeunes ont choisi de faire de la crise un levier d’action.
Armés de brouettes, de tricycles ou de bidons, ils se lancent dans la distribution d’eau à domicile, répondant ainsi à un besoin réel et urgent. « Avant, je passais plusieurs heures à chercher de l’eau pour ma famille. Aujourd’hui, grâce à ces jeunes, nous sommes livrés à domicile et cela nous soulage énormément », témoigne Evrard Moutsinga, père de famille résidant à Alenakiri.
Ce service est devenu indispensable pour de nombreuses familles, notamment les personnes âgées, les femmes enceintes ou encore les habitants vivant loin des points d’approvisionnement. Chaque jour, ces jeunes parcourent plusieurs kilomètres pour ravitailler les ménages, en échange d’une rémunération qui leur permet de subvenir à leurs besoins.
« Avec la livraison d’eau, je gagne un peu d’argent chaque jour et j’aide mes parents à payer mes frais de transport scolaire ainsi que mes besoins personnels », explique Alane, élève et livreur d’eau, pour qui cette activité est devenue un véritable moyen de survie. Même détermination chez Jonas : « Ce travail est fatigant, mais il est honnête. Je préfère me battre ainsi plutôt que de rester sans rien faire ». Au-delà de l’aspect économique, cette dynamique illustre la capacité d’adaptation d’une jeunesse confrontée au chômage et à la précarité. Là où certains voient une crise, d’autres saisissent une opportunité de travailler dignement tout en rendant service à leur communauté.
Du côté des bénéficiaires, les témoignages convergent. « Ici, nous n’avons pas d’eau potable. C’est grâce à ces jeunes que nous tenons, car ils nous ravitaillent régulièrement. Sans eux, notre quotidien serait très difficile », confie Christine Nzogho, habitante du quartier Fin Goudron, à Nzeng-Ayong. Si la pénurie d’eau demeure un défi majeur que les autorités s’efforcent de résoudre, elle met également en lumière l’ingéniosité et l’esprit entrepreneurial d’une jeunesse déterminée à transformer les difficultés en opportunités durables.


