Alors que la campagne pour l’élection présidentielle, prévue le 12 avril 2025, a débuté le 29 mars, les candidats ont entamé leurs tournées à travers le pays. En allant au contact des populations, certains candidats n’hésitent pas à mettre en avant leur appartenance communautaire, ethnique ou régionale comme argument de campagne. Ce vote identitaire, récurrent lors de chaque scrutin, constitue un enjeu tant pour les électeurs que pour les candidats.
Riche de plus d’une cinquantaine de groupes ethniques répartis dans ses 9 provinces, le Gabon possède une diversité culturelle et ethnique qui, lors des échéances électorales, pèse souvent de manière significative sur le choix des candidats et la mobilisation des électeurs.
Depuis l’avènement du multipartisme et la création de nombreuses formations politiques, l’environnement sociopolitique gabonais s’est souvent structuré autour d’un fort ancrage territorial et ethnique des élus. Ainsi, outre le fait qu’un député, par exemple, représente une localité où il est né ou a grandi, son appartenance ethnique constitue très souvent un atout majeur pour mobiliser l’électorat.
Le vote est la manifestation d’une opinion, d’une volonté ou d’un choix lors d’une consultation électorale. Il permet à un individu ou à un groupe d’exprimer un choix en faveur d’une idéologie ou d’un candidat. Toutefois, au Gabon, les motivations du vote sont diverses, et l’appartenance ethnique en est une composante notable.
Le politologue Wilfrid-Davy Bamba-Mbomah explique : « Généralement, les personnes appartenant à l’ethnie d’un candidat auront tendance à voter pour lui, espérant recevoir plus de largesses de sa part. On observe [chez les acteurs politiques] une forme d’instrumentalisation ethnique en vue de conserver une fonction, un poste, ou de le conquérir ».
Le vote identitaire ou régionaliste peut donc être un avantage considérable pour les acteurs politiques eux-mêmes, car il constitue un atout en termes de mobilisation. « Du point de vue des avantages, nous avons des acteurs politiques qui instrumentalisent leurs ethnies, en les considérant comme une ressource politique efficace », ajoute le politologue.
Alors que les autorités de la transition n’ont cessé de prôner un retour à l’unité nationale et aux valeurs démocratiques, le repli identitaire observé en période électorale peut-il être considéré comme une menace pour la cohésion nationale et la démocratie ?
« Concernant le vivre-ensemble et la démocratie, il faut analyser [ce phénomène], selon moi, sur le long terme. Ce n’est pas forcément un effet pervers, car même dans les plus grandes démocraties, les considérations régionales et identitaires existent. Dans le cas du Gabon, on observe surtout cela en période électorale, d’autant plus que cette réalité participe, d’une certaine manière, à un équilibre géopolitique nécessaire à la préservation de l’unité nationale », indique Wilfrid-Davy Bamba-Mbomah.
Pour consolider le principe d’État-nation, les individualismes, le repli identitaire et le vote régionaliste toutes ces pratiques tendant à polariser la population doivent s’estomper. Un peuple fort est un peuple qui regarde dans la même direction, au-delà des distinctions tribales ou ethniques. Ce n’est qu’ainsi que le Gabon demeurera une et indivisible.

