Depuis le mercredi 17 janvier 2026, le paysage numérique gabonais est plongé dans une situation inédite. La Haute autorité de la communication (HAC) a pris la décision radicale de suspendre l’accès aux plateformes majeures comme Facebook, TikTok et YouTube. Mais sur le terrain, cette mesure de fermeté se heurte à une réalité technologique : l’ingéniosité des utilisateurs.
L’objectif des autorités est clair : siffler la fin de la récréation face aux dérives qui polluent la toile. Fake news, atteintes à l’honneur et insultes envers les institutions ont poussé l’État à taper du poing sur la table pour restaurer un climat de respect. Cependant, cette volonté de régulation fait face à un « caillou dans la chaussure » : le VPN (Virtual Private Network).
Entendez par là des réseaux privés virtuels qui permettent de contourner les restrictions locales en créant un tunnel chiffré vers un serveur distant. Grâce à cette « ruse supérieure », de nombreux citoyens, restent actifs et visibles malgré la suspension officielle.
Cette situation crée un paradoxe. D’un côté, la mesure vise à protéger la société et la dignité des personnes, notamment face aux violences verbales qui, comme le rappelle le psychologue Hynnel Verley Mawele Mbembou, brisent des vies. De l’autre, l’usage généralisé des VPN vide en partie la décision de la HAC de sa substance, transformant parfois la sanction en une forme d’incompréhension totale.
Le constat est là : la suspension totale est une arme puissante mais difficile à maintenir dans un monde ultra-connecté où l’ingéniosité technique, comme l’usage des VPN, finit souvent par l’emporter sur la contrainte. Plutôt que de s’enfermer dans un bras de fer numérique, l’urgence est aujourd’hui d’établir un dialogue sincère pour définir des règles claires, afin que la loi protège chacun sans pour autant briser le lien social.
L’encadrement des réseaux sociaux au Gabon ne fait que commencer. Entre la nécessité de protéger les citoyens de la malveillance en ligne et la réalité technique des VPN, le gouvernement est désormais face à un défi de taille : transformer cette mesure de crise en une culture durable de la responsabilité numérique. La loi doit désormais rattraper la technique pour que le respect redevienne la règle sur nos écrans.

