Il existe des noms qui voyagent par paires, comme les deux faces d’une même médaille d’honneur. Dans la province de l’Ogooué-Lolo, le vent des collines de Lastourville ne raconte pas seulement l’histoire d’un homme, mais celle d’une fraternité sacrée. Près d’un siècle après leur lutte, les figures de Wongo et Lissibi se dressent toujours comme les remparts éternels de l’identité Awandji.
Si l’histoire retient souvent le visage de Wongo, le guerrier stratège, elle ne saurait oublier Lissibi, son allié indéfectible. Ensemble, ils ont transformé un malaise latent, né dès 1883 avec la fondation de Madiville, en un mouvement de libération. Contre les taxes étouffantes, les travaux forcés et l’humiliation des livraisons obligatoires, ils ont opposé une unité que l’administration coloniale n’avait pas prévue.
À la fin des années 1920, la révolte embrase la région. Wongo dirigeait la lutte depuis les collines escarpées, tandis que Lissibi gérait la solidarité entre les chefs de clans dans les zones plus basses. Pendant des années, ils ont tenu tête à l’occupant, prouvant que l’amour de la terre était une arme plus puissante que la poudre.
Leurs parcours vers l’ombre se rejoignent dans le sacrifice. En août 1929, Wongo choisit la reddition volontaire pour épargner à son peuple un massacre certain et sauver son neveu menacé d’exécution. De son côté, Lissibi continue de porter le fer dans la brousse, résistant jusqu’à l’épuisement total des forces et des munitions de son clan, avant d’être capturé par l’ennemi.
Unis dans l’exil et pour l’éternité
Leur loyauté mutuelle les suivra jusque dans l’épreuve finale. Jugés comme les deux instigateurs principaux de l’insoumission, ils sont condamnés ensemble à la déportation. Envoyés vers les terres lointaines de Bangui (Oubangui-Chari), ils y mourront à quelques mois d’intervalle en 1930. Loin de leurs forêts, loin de l’Ogooué, mais scellés à jamais dans le panthéon des braves.
Une mémoire restaurée
Pendant longtemps, leurs noms ont été murmurés comme des secrets interdits. Aujourd’hui, ils éclatent au grand jour. La statue de Wongo à Lastourville, récemment restaurée sous l’impulsion du président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema en mai 2024, est le symbole de cette reconnaissance nationale. En honorant Wongo, c’est aussi l’ombre fidèle de Lissibi et le courage de tout le peuple Awandji que la nation salue.
Wongo et Lissibi nous rappellent que le Gabon s’est construit sur le refus de la servitude. Leur histoire est un cri qui traverse le temps : celui d’un peuple qui préfère le silence de l’exil au vacarme de la soumission.

