Le 22 décembre 2024, le carrefour Acaé, situé dans le 5ᵉ arrondissement de Libreville, a été officiellement rebaptisé « Place Jean-François Aveyra », en hommage à celui qui fut le premier industriel du Gabon. Cette cérémonie, présidée par le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguéma, marque une reconnaissance méritée pour un homme qui a révolutionné l’économie nationale par son audace et sa vision. Portrait d’un bâtisseur au destin exceptionnel.
Né le 6 avril 1937 à Libreville, Jean-François Aveyra grandit dans la province de l’Estuaire, imprégné des valeurs culturelles et des traditions gabonaises. Fils de Polycarpe Revignet et de Cécile Agnouret Anguile, il s’illustre d’abord comme sportif accompli, excellant dans la boxe et le football. Entre 1954 et 1975, il connaît une carrière internationale remarquée, jouant notamment pour le FC Nantes en France et affirmant déjà une volonté de se surpasser.
Visionnaire de l’industrie nationale
Après sa carrière sportive, Jean-François Aveyra se consacre pleinement à l’entrepreneuriat. En 1968, il fonde l’Auxiliaire des Bâtiments Aveyra (ABA), première usine industrielle du Gabon, située près de la rivière Nomba. Sous sa direction, l’entreprise diversifie ses activités : production de casiers pour boissons, sacs de ciment, peintures, produits plastiques, et même une gamme de parfums « Made in Gabon » exploitant les essences locales. Son travail innovant positionne le Gabon sur la carte industrielle africaine.
En 1988, son talent et son dévouement sont récompensés lorsqu’il reçoit au Cameroun le prix du meilleur homme d’affaires africain. Jean-François Aveyra assume également des fonctions clés dans les institutions économiques du pays, comme vice-président de la Chambre de commerce et premier vice-président du patronat gabonais (FESYPAG).
Un bâtisseur freiné par les obstacles politiques
Malgré ses succès, l’ascension de Jean-François Aveyra est entravée par le contexte politique monopartite de l’époque. Son indépendance financière et son ambition suscitent des hostilités, et ses affaires subissent des pressions régulières. Malgré cela, il reste un bâtisseur social dévoué, cofondant l’Institut privé secondaire de Sibang (IPSS), devenu le lycée Djoue Dabany, et contribuant à la formation de l’élite gabonaise.
Un héritage culturel et humain
Jean-François Aveyra était un homme ancré dans les traditions de son pays. Marié en secondes noces à Noëline Ebebele Nze, issue de l’ethnie Fang, il incarnait l’unité culturelle et sociale du Gabon. Passionné de musique sud-américaine et de pêche, il était reconnu pour sa générosité et son humanité.
Le 8 mai 2010, Jean-François Aveyra s’éteint, laissant un vide immense dans le paysage économique et social du Gabon. L’inauguration de la Place Jean-François Aveyra réhabilite sa mémoire et rappelle son rôle central dans la construction d’un Gabon moderne et indépendant. Ce geste symbolique, porté par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), célèbre l’héritage d’un visionnaire qui a su conjuguer innovation, patriotisme et engagement social.


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Bravo au CTRI