Depuis plusieurs années, le Gabon est secoué par une succession de scandales financiers qui ont fragilisé le lien entre l’État et sa population. Dans L’élément qui suit, notre rédaction s’intéresse aux détournements de fonds publics à répétition et leurs répercussions sur la confiance des citoyens envers leurs institutions.
Entre 2009 et 2023, plus de 4 402 milliards de FCFA issus des finances publiques ont été détournés, selon la justice gabonaise. Une somme vertigineuse qui illustre l’ampleur d’un phénomène profondément enraciné.
Pour l’essayiste et journaliste économique Innocent M’Badouma, cette corruption chronique mine la crédibilité du pays, affaiblit les institutions et décourage les investisseurs. « La corruption érode la crédibilité des institutions. Sans confiance, les citoyens se détournent de l’État, et les investisseurs n’ont plus la garantie que leurs capitaux seront protégés. Un pays perçu comme corrompu devient un marché qu’on évite », explique-t-il.
Face à cette réalité, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) de la transition souligne l’urgence d’une gouvernance plus transparente. Son 2ème vice-président, Nicaise Mounombi, appelle le « Parlement à jouer pleinement son rôle et à instaurer un dialogue permanent avec la société civile ». Il recommande « des évaluations des politiques publiques tous les six mois, publiées secteur par secteur, ainsi que la présentation trimestrielle, par chaque ministre, d’un programme chiffré à la télévision afin de renforcer la redevabilité et d’ancrer une culture de transparence ».
Pour les spécialistes, la reconstruction de la confiance ne pourra se faire que par des actes tangibles : une justice impartiale, des enquêtes menées jusqu’à leur terme, des sanctions appliquées sans distinction et une réelle volonté politique de rompre avec les pratiques du passé. Sans cette rupture, la situation restera inchangée : un pays où la défiance freine le développement, décourage l’investissement et affaiblit la cohésion nationale.
La conclusion s’impose d’elle-même : la transparence n’est plus une option, mais une condition indispensable pour bâtir un développement durable, crédible et inclusif.

