Dans plusieurs quartiers urbains comme dans certaines localités de l’intérieur du pays, la relation entre les citoyens et les forces de l’ordre apparaît de plus en plus marquée par la méfiance. Entre attentes sécuritaires, accusations d’abus et sentiment d’injustice, le lien entre la population, la police et les autorités judiciaires se trouve aujourd’hui à rude épreuve.
Pour de nombreux citoyens, la présence des forces de sécurité est perçue de manière ambivalente. Si elle rassure face à la montée de l’insécurité, elle suscite aussi des inquiétudes. « Ils font leur travail, mais il y a des excès qui nous font douter de leurs intentions », explique Jordan, commerçant dans le 3ème arrondissement de Libreville, avant de renchérir, « quand on voit certains de nos voisins arrêtés pour rien, on se demande si la loi est la même pour tout le monde ».
Des contrôles jugés excessifs, des interpellations musclées ou encore des détentions provisoires prolongées alimentent un sentiment d’incompréhension, voire de défiance, chez une partie de la population. « Lors d’un contrôle routier, un agent m’a arraché mes documents, alors que je n’avais commis aucune infraction. Pour récupérer les papiers de mon véhicule, j’étais obligé de lui glisser un billet de 1 000 F », a déploré Serge, un taximan.
Sur le terrain, nombre de citoyens réclament une présence policière plus visible et plus efficace, tout en exigeant le respect strict des droits et des procédures. Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a clairement répondu à cette attente, lors de la cérémonie de présentation des vœux de Nouvel An aux Forces de défense et de sécurité, le mercredi 7 janvier dernier en appelant à une police de proximité, active et engagée : « Le policier n’a pas vocation à être confiné derrière un bureau. Sa place est dans nos rues, au cœur de la vie quotidienne ». Une orientation qui vise à restaurer la confiance entre les forces de l’ordre et les populations et surtout à intensifier la lutte contre l’insécurité.
Dans son allocution, le chef de l’État a rappelé avec fermeté que la sécurité n’est ni un privilège ni une option, mais un droit fondamental pour chaque Gabonais. « Les Forces de Sécurité doivent être le rempart de la population et la garantie de la tranquillité de chaque citoyen », a-t-il martelé. Dans cette dynamique, Brice Clotaire Oligui Nguema a également insisté sur la discipline et l’éthique, piliers de l’État de droit.
Ce rappel à l’ordre s’adresse autant aux forces qu’à l’opinion publique. Pour le président de la République, l’efficacité sécuritaire ne saurait se faire au détriment des valeurs républicaines. Les forces de Défense et de sécurité doivent rassurer et non inquiéter ; protéger et pas oppresser. En réaffirmant l’autorité de l’État tout en appelant à la rigueur et à la loyauté, Oligui Nguema pose les bases d’une relation renouvelée entre la population, les forces de sécurité et la justice.
Reste désormais à traduire ces instructions fermes en résultats visibles sur le terrain. Car c’est dans les rues, les quartiers et les villages que se jouera réellement le pari présidentiel : réconcilier sécurité, justice et confiance citoyenne, afin que l’État de droit ne soit plus seulement un principe proclamé, mais une réalité vécue au quotidien par tous les Gabonais.

