Les 26 et 27 février 2026, Douala accueille la quatrième édition du programme Stand Up For African Women Entrepreneurs (Sufawe), porté par le Club Afrique Développement du groupe Attijariwafa bank, en partenariat avec SCB Cameroun. Au-delà des plus de 200 rencontres BtoB et B2G, des conférences de haut niveau et du Trophée Sufawe Cameroun 2026, un moment a particulièrement marqué les esprits : la masterclass placée sous le thème « Connecter, commercer et croître ».
Plus de 200 rencontres BtoB et B2G, des conférences de haut niveau, un Trophée Sufawe Cameroun 2026 destiné à récompenser l’audace et l’innovation : le programme est dense. Mais au cœur de cette édition, une séquence a cristallisé l’attention et les émotions : la masterclass placée sous le thème « Connecter, commercer et croître ». Un intitulé sobre, presque technique. Pourtant, derrière ces trois verbes, se cache toute la réalité du parcours entrepreneurial féminin en Afrique centrale.
Autour de la table, des dirigeantes aux trajectoires différentes mais aux combats similaires : Laetitia Ngalibika, Directrice générale de Gabon 24, Naomi Mbakam, fondatrice de Leelou Baby Food, Rachel Dibou, CEO de AS Building, Christine Baguela, épouse Soro, entrepreneure digitale et la lauréate du Trophée Sufawe Cameroun 2026. Des voix, des expériences, mais un même refus de travestir la réalité.
Ici, pas de success stories édulcorées. Les intervenantes ont parlé d’accès au financement, ce parcours du combattant où l’on exige des garanties que peu de jeunes entreprises peuvent fournir à des femmes. Elles ont évoqué ces salles de réunion où il faut convaincre deux fois plus, argumenter davantage, prouver sa crédibilité dans des environnements encore dominés par des schémas traditionnels. Elles ont raconté la pression permanente : salarier, produire, livrer, innover… tout en gérant les charges et l’incertitude.
« Connecter », ont-elles insisté, n’est pas un slogan marketing. C’est une condition de survie. Sans réseau, sans mentorat, sans exposition médiatique, l’entreprise reste invisible. Or l’invisibilité tue plus sûrement qu’un manque d’idées. La question du média a d’ailleurs occupé une place centrale : comment structurer son récit d’entreprise ? Comment passer d’une activité locale à une marque crédible ? Comment transformer une bonne initiative en référence sectorielle ? Dans des marchés saturés d’offres importées, savoir raconter son impact devient un avantage compétitif.
Pour les entrepreneures présentes dans la salle, ces confidences ont agi comme un miroir. Beaucoup se sont reconnues dans ces récits de doutes, de nuits écourtées, de négociations tendues avec des fournisseurs ou des banques. Ce qui s’est joué dans cette salle, au-delà des conseils techniques, c’est une forme de validation collective : non, les obstacles ne sont pas individuels ; ils sont systémiques. Et oui, ils peuvent être contournés par la solidarité, l’information et la stratégie.
La question du « commerce » régional a également émergé avec force. Entre barrières douanières, lenteurs administratives et contraintes logistiques dans la zone CEMAC, commercer au-delà des frontières reste un défi. Les intervenantes ont plaidé pour une intégration économique plus fluide et pour des produits bancaires réellement adaptés aux PME dirigées par des femmes. Car soutenir ces entreprises ne relève pas de la charité. C’est un choix rationnel : derrière chaque structure portée par une femme, il y a des emplois créés, des familles stabilisées, des chaînes de valeur locales consolidées.
« Croître », enfin, ne signifie pas se diluer. À travers les exemples de Leelou Baby Food et d’AS Building, la masterclass a démontré qu’il est possible de bâtir des entreprises compétitives en restant ancrées dans les besoins locaux : alimentation infantile saine produite sur le continent, solutions de construction adaptées aux réalités africaines. La croissance peut rimer avec identité, impact et responsabilité.
Ce que SUFAWE met en lumière, c’est une vérité simple : l’entrepreneuriat féminin n’est pas un segment. C’est un levier macroéconomique. En donnant accès à des réseaux bancaires, à des marchés et à une visibilité accrue, le programme agit comme un accélérateur. Il réduit l’isolement, structure les ambitions et ouvre des perspectives concrètes.
À Douala, durant cette journée, l’entrepreneuriat féminin a cessé d’être un concept abstrait répété dans les discours institutionnels. Il a pris la forme de voix assurées, d’expériences partagées, de regards complices dans la salle. La masterclass n’a pas seulement transmis des outils. Elle a rappelé une évidence trop souvent oubliée : derrière chaque chiffre d’affaires, il y a une histoire. Derrière chaque entreprise, un combat. Et si connecter, commercer et croître ensemble devenait plus qu’un thème ? Une stratégie collective pour transformer durablement l’économie régionale.

