Au Gabon, le marché des produits amaigrissants connaît une expansion silencieuse mais préoccupante. Derrière les promesses séduisantes de perte de poids rapide et sans effort se cache une réalité bien plus inquiétante : celle d’un secteur peu encadré, où se mêlent marketing agressif, pression sociale et risques sanitaires avérés.
Poudres, thés minceur, gélules « brûle-graisses », injections ou encore recettes dites « naturelles » : l’offre ne cesse de se diversifier. Ces produits sont aujourd’hui facilement accessibles, notamment via les réseaux sociaux, devenus de véritables vitrines commerciales. Influenceurs et vendeurs informels y vantent des résultats spectaculaires, souvent sans fondement scientifique ni encadrement médical.
Dans une société où l’apparence physique prend une place de plus en plus importante, notamment chez les jeunes, la pression pour correspondre à certains standards de beauté alimente fortement la demande. « Nous assistons à une internalisation des normes esthétiques imposées par la société et amplifiées par les réseaux sociaux. Le corps devient un projet à corriger en permanence, et les produits amaigrissants apparaissent comme des solutions rapides pour répondre à une injonction sociale forte, souvent au détriment de la santé », analyse Jean Morel Moussadji, sociologue.
Mais derrière ces promesses, les dangers sont bien réels. « Certains produits amaigrissants contiennent des substances non déclarées ou mal dosées, pouvant entraîner des effets secondaires graves comme des troubles cardiaques, de l’hypertension, des problèmes digestifs ou encore de l’insomnie », alerte Gladys Olendo, nutritionniste.
En quête de résultats rapides, certains consommateurs multiplient les cures sans suivi médical, aggravant ainsi les risques. L’automédication devient alors un facteur de danger supplémentaire. « J’ai commencé un thé minceur conseillé sur Internet. En quelques jours, j’avais des palpitations et des vertiges », témoigne Ashley, une consommatrice.
Face à cette situation, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme : une perte de poids durable ne peut s’envisager sans accompagnement médical, alimentation équilibrée et activité physique adaptée.
Si des textes existent pour encadrer les produits pharmaceutiques, leur application reste limitée face à la prolifération des circuits informels. De nombreux produits sont vendus sans autorisation, échappant aux normes de sécurité. Les autorités sanitaires, notamment l’Agence nationale du médicament et des autres produits de santé (ANMAPS), peinent à suivre le rythme d’un marché alimenté par les importations non contrôlées et la vente en ligne. Résultat : les consommateurs se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes.
Au-delà des risques physiques, ces produits révèlent un malaise plus profond. La désinformation joue un rôle clé : photos avant/après retouchées, faux témoignages, promesses irréalistes… tout concourt à entretenir l’illusion d’une solution miracle. Face à ces dérives, les experts appellent à une double réponse : renforcer les contrôles et intensifier les campagnes de sensibilisation. Informer sur les dangers, promouvoir une image corporelle plus réaliste et encourager des pratiques saines deviennent essentiels. Car au-delà de la quête du corps idéal, c’est bien la santé publique qui est en jeu.

